Jean Marie Forget, psychanalyste, psychiatre et auteur de Ces ados qui nous prennent la tête nous donne son avis.
Poser des limites, gérer les sorties avec les copains… évidemment c’est plus facile pendant l’année scolaire ! Quand il y « a » école, votre ado sait bien qu’il ne peut pas sortir tous les soirs… parce qu’il y a les devoirs, les leçons et l’école le lendemain à 8h ou 9h. Le week-end, il en profite, mais pas trop parce qu’il ne doit pas trop se fatiguer.
Alors, quand les vacances arrivent, il réclame tout naturellement le droit de sortir à sa guise, de rentrer à l’heure qu’il veut… en un mot, de décider de sa vie tout seul !
Comment fixer des limites (sorties, copains…) pendant les vacances ? En étant présent et en réajustant votre discours avec l’arrivée des vacances. Car, débarrassés des obligations scolaires qui règlent leur vie pendant toute l’année, vos ados se sentent pousser des ailes et s’imaginent que rien ne peut plus les « empêcher »… ! Attendez-vous alors à ce que leurs demandes de sortie se fassent plus pressantes et plus importantes. Comment réagir ? Puisqu’il n’y a plus d’impératifs scolaires, accordez-leur plus de libertés que pendant l’année… « mais dans la limite de ce que vous pensez pouvoir supporter » précise Jean Marie Forget. C’est pendant les vacances que vous allez être confronté au rude « métier » de parents. Plus possible de se cacher derrière l’école pour interdire à votre enfant de sortir. Vous êtes en première ligne et vous devez « jouer le jeu » : les limites que vous fixez marquent votre autorité et c’est « contre » cette autorité que votre enfant va trouver son identité et identifier son désir. C’est dans le cadre que vous aurez établi que votre adolescent pourra réellement se trouver libre !
Comment gérer les sorties du soir ? Ne fixez pas d’horaires complètement inappropriés ! Les critères à prendre en compte ? Son âge, son degré d’autonomie et si cette sortie s’accompagne de risques bien réels (drogue, abus d’alcool, violence…). C’est à vous de décider de son heure de rentrée. Il faut alors que votre prise de position soit « fiable », « sans concession » et que vous « teniez parole » : ne lui demandez pas de rentrer à minuit alors que vous savez que vous allez rentrer plus tard. Soyez là quand il rentre. Ces horaires peuvent être revus avec lui s’ils sont maladroits… ne lui demander pas de rentrer à 23h alors que la soirée débute à 21h.
Il transgresse les règles… Vous lui aviez accordé 2h du matin après une longue discussion… et il rentre à 4h30 ! Ne punissez pas, sanctionnez : il ne ressortira pas le lendemain contrairement à ce qui était prévu. Tenez bon ! Votre enfant a besoin de « savoir qu’il peut compter sur votre parole » et que vous êtes en accord avec vous-même. S’il n’a pas respecté les limites, c’est peut être aussi parce qu’il veut tester votre autorité. Dans ce cas, les discours moralisateurs ne conviennent pas : « tu pourrais appeler dans ces cas-là ! Tu ne te rends pas compte du souci qu'on s’est fait ! »… Si vous ne faites que lui parler, votre ado peut inconsciemment décider de « pousser le bouchon » de plus en plus loin, quitte à se mettre réellement en danger, juste pour vous faire réagir ! N’oubliez pas qu’il a besoin de limites pour acquérir sa véritable liberté !
Vous n’aimez pas ses copains ! Tant pis… et même tant mieux. Sauf s’il s’agit de délinquants ou de personnes louches qui ne vous inspirent pas confiance, vous ne pouvez pas interdire qu’il ou elle les voit. Ne vous privez cependant pas de dire ce que vous en pensez. Sachez que le fait qu’il ait envie de ramener ses copains à la maison, même pour une après-midi Playstation, est un acte plein de symbolique. Bien que cela ne vous réjouisse pas toujours, montrez-lui que vous appréciez la confiance qu’il ou elle vous témoigne ! « Ils ne sont vraiment pas mon style… mais bon, ce sont tes amis ! ». Dans tous les cas, apprenez à « parler vrai » !
Il se lève tous les jours à midi ! En soit, ce n’est pas grave… mais après quelques jours à ce rythme, ça risque de vous énerver. Il n’est jamais présent aux repas, il traîne toute l’après-midi en T-Shirt et ne s’habille que pour sortir le soir … Petit à petit, il « gagne » du terrain, parce que vous ne voulez pas être « injuste » en lui reprochant une attitude qui vous gêne vous ! Et bien non ! Vous avez tout à fait le droit d’être à bout parce qu’il se lève tard et vous devez intervenir concrètement. Il vous en sera reconnaissant (peut-être pas immédiatement !) puisque vous lui donnez à nouveau des repères solides. Même les moments que vous passerez à vous prendre la tête avec votre ado qui vous traite de « vieux naze » sont importants : au moins vous tenez compte de ce qu'il fait ! Et puis, c’est ça la vie de famille: les parents qui cadrent et les enfants qui contestent.
Quand faut-il interdire ? Vous avez le droit d'en avoir assez qu’il sorte tous les soirs, rentre toujours plus tard et vous en demande systématiquement un peu plus ! Faites entendre votre « Non ! Maintenant ça suffit ! ». Pour Jean-Marie Forget, « l’affirmation parentale doit être posée : « Je pense que cela est [bien de t'interdire cette sortie] . Il est possible que je me trompe. Mais je prends cette décision précise et je m’y tiens ». » Soyez également très attentif à tous les signes que vous envoie votre ado. Posez des vraies limites et de vrais interdits si vous sentez que votre enfant dérappe et qu’il prend une mauvaise direction. Pas parce qu’elle ne correspond pas à ce que vous aviez imaginé de mieux pour lui… mais parce qu’elle le met réellement en danger et compromet sa vie future : drogue, petite délinquance, agressivité permanente, sèche les cours, etc… ! Votre enfant attend de vous que votre parole soit suivie d’actes concrets. Vous représentez l’autorité, rendez-lui sa place d’adolescent : vous le libérez ainsi de ses illusions et l’empêchez de se détruire ! Que pouvez-vous lui dire ? « J’ai vraiment l’impression que tu « déconnes » en ce moment. Ça ne peut plus durer comme ça ! D’ailleurs ce soir, tu ne sors pas ! ».
lundi 30 juin 2008
La colonie… oui, mais au bon moment pour votre enfant !
Vous hésitez à inscrire votre enfant en colonies de vacances, car vous n'êtes pas sûrs qu'il soit tout à fait prêt. Les conseils de Valérie Giaccone-Marcesche, pédopsychiatre, pour vous aider à prendre votre décision et choisir le moment qui conviendra le mieux pour cette grande aventure.
Quelle est sa maturité affective ?
Avant 6 ans, un enfant est encore jeune pour partir en colonie : il ne maîtrise pas bien le langage, il est centré sur lui-même. A partir de 6-7 ans, il gagne en autonomie et s'ouvre au monde qui l'entoure. Les conditions sont plus favorables à un départ. Est-il prêt pour autant à s'éloigner de sa famille ?
Chez vous, observez la façon dont votre enfant gère les séparations : a-t-il du mal à vous quitter ? A laisser sa maison ? A dormir chez ses grands-parents, chez un copain ? Prenez la mesure de sa maturité affective.
Est-il prêt pour l’inconnu ?
Partir en colonie, c'est se retrouver face à beaucoup d'inconnus : animateurs, enfants, lieux… tout est différent! Les enfants n'ont pas tous les mêmes facilités d'adaptation. Repérez comment votre enfant se comporte à l'extérieur, en milieu connu (à l'école) et dans un milieu qu'il découvre (un goûter d'anniversaire, une nouvelle activité).
Est-ce un enfant qui s'isole ou a-t-il un groupe de copains ? Est-il plutôt meneur ? Aime-t-il la nouveauté ? Va-t-il spontanément vers les autres ? Est-il bien accepté ? Cette série d'indices vous renseigne sur sa capacité à s'insérer socialement.
Quel est le contexte familial ?
L'enfant grandit dans un contexte familial fluctuant. Il y a des années chahutées, parce que les parents sont très pris par leur travail, parce qu'un petit frère est né, parce qu'une grand-mère est décédée. Quand un enfant a vécu des événements difficiles au cours de l'année, il peut avoir besoin de vacances dans le cocon familial, chez les grands-parents, les oncles et les tantes.
L'expérience de la colonie tombera à pic pour un enfant de 10-11 ans qui rentre en sixième et que l'on veut rendre un peu plus autonome. Elle sera peut-être malvenue pour un enfant de 7 ans qui sort d'une année de CP difficile… à vous de juger !
Comment choisir une colonie de vacances ?
Difficile pour un enfant de se projeter dans une expérience inconnue, surtout si c'est sa première colonie. A vous donc de décider de la tranche d'âge (choisir un groupe dans lequel il sera parmi les plus grands si votre enfant est plutôt réservé), de la durée du séjour (une semaine pour les 7-8 ans, c'est suffisant, 15 jours pour les 9-11 ans).
Choisissez ensemble le programme, en fonction de ses goûts, sa personnalité, ses envies. Vous pouvez opter pour un séjour autour d'une activité qu'il connaît et qui lui plaît. Si votre enfant est curieux, profitez peut-être de l'occasion pour qu'il découvre une activité nouvelle.
Le 23 juin 2009 V. Giaccone-Marcesche - Propos recueillis par S. Coucharrière - Pour le magazine Astrapi
Quelle est sa maturité affective ?
Avant 6 ans, un enfant est encore jeune pour partir en colonie : il ne maîtrise pas bien le langage, il est centré sur lui-même. A partir de 6-7 ans, il gagne en autonomie et s'ouvre au monde qui l'entoure. Les conditions sont plus favorables à un départ. Est-il prêt pour autant à s'éloigner de sa famille ?
Chez vous, observez la façon dont votre enfant gère les séparations : a-t-il du mal à vous quitter ? A laisser sa maison ? A dormir chez ses grands-parents, chez un copain ? Prenez la mesure de sa maturité affective.
Est-il prêt pour l’inconnu ?
Partir en colonie, c'est se retrouver face à beaucoup d'inconnus : animateurs, enfants, lieux… tout est différent! Les enfants n'ont pas tous les mêmes facilités d'adaptation. Repérez comment votre enfant se comporte à l'extérieur, en milieu connu (à l'école) et dans un milieu qu'il découvre (un goûter d'anniversaire, une nouvelle activité).
Est-ce un enfant qui s'isole ou a-t-il un groupe de copains ? Est-il plutôt meneur ? Aime-t-il la nouveauté ? Va-t-il spontanément vers les autres ? Est-il bien accepté ? Cette série d'indices vous renseigne sur sa capacité à s'insérer socialement.
Quel est le contexte familial ?
L'enfant grandit dans un contexte familial fluctuant. Il y a des années chahutées, parce que les parents sont très pris par leur travail, parce qu'un petit frère est né, parce qu'une grand-mère est décédée. Quand un enfant a vécu des événements difficiles au cours de l'année, il peut avoir besoin de vacances dans le cocon familial, chez les grands-parents, les oncles et les tantes.
L'expérience de la colonie tombera à pic pour un enfant de 10-11 ans qui rentre en sixième et que l'on veut rendre un peu plus autonome. Elle sera peut-être malvenue pour un enfant de 7 ans qui sort d'une année de CP difficile… à vous de juger !
Comment choisir une colonie de vacances ?
Difficile pour un enfant de se projeter dans une expérience inconnue, surtout si c'est sa première colonie. A vous donc de décider de la tranche d'âge (choisir un groupe dans lequel il sera parmi les plus grands si votre enfant est plutôt réservé), de la durée du séjour (une semaine pour les 7-8 ans, c'est suffisant, 15 jours pour les 9-11 ans).
Choisissez ensemble le programme, en fonction de ses goûts, sa personnalité, ses envies. Vous pouvez opter pour un séjour autour d'une activité qu'il connaît et qui lui plaît. Si votre enfant est curieux, profitez peut-être de l'occasion pour qu'il découvre une activité nouvelle.
Le 23 juin 2009 V. Giaccone-Marcesche - Propos recueillis par S. Coucharrière - Pour le magazine Astrapi
dimanche 15 juin 2008
Cet enfant est-il hyperactif ?
L’hyperactivité de l’enfant existe-t-elle vraiment en tant qu’entité clinique spécifique ou n’est-elle
qu’une construction sommairement échafaudée pour excuser la prescription de Rilatine à des enfants dont le comportement perturbateur dérange l’adulte ? Cette question est posée par un nombre croissant de professionnels.
La Rilatine est une amphétamine excitant le système nerveux central. Elle a un effet paradoxal sur certains enfants : au lieu de les exciter, comme le font habituellement les amphétamines, elle les apaise. Ce n’est pas un médicament banal. Pour se positionner quant à la nécessité de le prescrire, il faut prendre en compte le fait qu’il y a probablement autant d’instabilités que d’enfants instables. Ceux-ci sont regroupés sous le label d’enfants hyperactifs ou souffrant de TDAH (Trouble Déficitaire de l’Attention avec Hyperactivité), alors qu’il s’agit d’enfants très divers quant à leur fonctionnement intrapsychique et leur relation aux autres, bien que présentant en surface le même fameux triptyque : hyperkinésie, inattention, impulsivité.
Il s’agit d’enfants incapables de rester en place et d’obéir, toujours en mouvement, rejetés par l’école, voire par leurs camarades. Leurs parents sont également en détresse : ils arrivent épuisés, démoralisés et ont terriblement besoin d’aide. Et vite ! Et c’est ce « vite » qui fait la différence. Aujourd’hui les parents se posent souvent de très bonnes questions sur le sens des difficultés de leurs enfants et il faut reconnaître que parfois les services de santé mentale, pédopsychiatres ou psychothérapeutes ont des listes d’attente, nécessitent du temps ou peuvent être coûteux. La tentation est grande alors de renoncer à l’approche psychopathologique sous la pression des laboratoires pharmaceutiques, auxquels s’aliènent malheureusement non seulement de nombreux médecins mais également d’autres professionnels, scolaires notamment, parfois poussés par les instituteurs qui ne savent pas comment gérer les troubles de conduites de plusieurs enfants par classe.
Que dit l’agitation ?
D’abord, l’agitation d’un enfant peut être naturelle, « normale ». En effet, le propre de l’enfance est d’être curieux de tout, d’exprimer sa joie de vivre de façon remuante et désordonnée et l’activité motrice est source de plaisir, un moyen d’action sur le monde, un des vecteurs de réalisation personnelle. Elle est une condition préalable aux représentations et à la mentalisation. Tout ce qui a trait au jeu - dont on sait l’importance décisive dans la construction psychique - en dépend.
De plus, entre 2 et 5 ans, l’instabilité est normale : l’expérience du mouvement, du déplacement permet au jeune enfant d’écouler son excitation interne liée à la découverte du monde. Le petit enfant sent très rapidement qu’il peut faire ce qu’il veut avec une motricité au service de ses désirs. C’est là que le parent doit lui signifier que les muscles ne peuvent pas servir à une action qui n’est pas socialement acceptable. Si l’enfant ne rencontre aucune limite éducative et donc aucune expérience de contenance pulsionnelle, il peut rester bloqué dans cette phase de son développement et demeurer instable à l’école primaire. Pour d’autres enfants, l’agitation est pathologique parce qu’elle constitue le reflet de diverses blessures psychologiques. Elle devient un symptôme. Des adultes déprimés aussi se noient parfois dans l’action…
Parmi les enfants étiquetés comme hyperactifs, un certain nombre sont déprimés ou ont été pris dans un fonctionnement familial insécurisant au début de leur vie. De multiples problèmes familiaux peuvent en être la cause : l’instabilité de l’un des parents, un deuil, la présence d’interactions précoces violentes, incohérentes ou carencées, une discontinuité des relations, une dépression maternelle profonde lors de la première année de vie…
Il peut s’agir aussi d’enfants soumis à un forçage éducatif par les parents, dont l’origine est souvent à mettre en rapport avec des difficultés d’apprentissage. Ce forçage amène l’enfant à répondre secondairement en réaction aux adultes au lieu d’être en relation avec ceux-ci. Ces enfants se sont construits des défenses par l’agitation. Ils ont envie de montrer qu’ils sont vivants. S’il n’est pas question d’incriminer les parents, qui se seraient bien passés d’aller mal, ils sont néanmoins responsables de l’éducation de leur enfant. Il est dès lors indispensable de les soutenir et de travailler avec eux sur leur enfance, leur histoire personnelle et sur les projections dont leur enfant a pu faire l’objet, sur le développement de celui-ci depuis sa naissance et le fonctionnement familial en tenant compte du contexte social.
Enfin, un nombre très restreint de cas concerne des enfants pour lesquels on ne trouve aucune causalité malgré des entretiens familiaux et individuels répétés et prolongés dans le temps. Maurice Berger désigne leur instabilité comme neuro-développementale et nécessitant un traitement médicamenteux, à condition que celui-ci ne soit pas utilisé dans un but de forçage (« Tiens-toi tranquille ») mais parce qu’il peut aider l’enfant à récupérer lui-même une certaine continuité de pensée, laquelle favorisera également le travail psychothérapeutique. Dans ces rares cas, les traitements médicamenteux peuvent parfois être utiles, mais toujours en association avec une démarche psychothérapeutique.
L’attention des professionnels Les professionnels sont donc appelés à la plus grande vigilance, parce qu’il ne serait pas acceptable que des enfants, sous des prétextes divers, se voient prescrire des psychostimulants dans un contexte sociétal de plus en plus dominé par la recherche de
résultats immédiats, de performances. Ce qui entraîne l’illusion d’un traitement à visée purement comportementale et médicamenteuse qui serait moins coûteux, plus rapide et plus tentant que le nécessaire et douloureux effort d’élaboration psychique des comportements avec les remises en cause qu’il ne manque pas d’impliquer. L’enfant n’est alors pas aidé et ses difficultés ressurgiront plus tard.
Il faut toujours se demander si l’agitation de l’enfant ne reflète pas son simple débordement d’énergie et l’intolérance de son entourage. Ensuite il faut prendre le temps d’écouter les parents et l’enfant, de retracer leur histoire et de comprendre ce que l’enfant veut dire avec toute cette agitation. Si un traitement s’avère nécessaire, il faut se souvenir qu’un traitement médicamenteux est souvent inutile voire potentiellement générateur d’effets secondaires et qu’en tout cas il ne peut remplacer une prise en charge relationnelle à visée psychothérapeutique de l’enfant et de sa famille, sans oublier le lien avec l’école.
yacapa.be
qu’une construction sommairement échafaudée pour excuser la prescription de Rilatine à des enfants dont le comportement perturbateur dérange l’adulte ? Cette question est posée par un nombre croissant de professionnels.
La Rilatine est une amphétamine excitant le système nerveux central. Elle a un effet paradoxal sur certains enfants : au lieu de les exciter, comme le font habituellement les amphétamines, elle les apaise. Ce n’est pas un médicament banal. Pour se positionner quant à la nécessité de le prescrire, il faut prendre en compte le fait qu’il y a probablement autant d’instabilités que d’enfants instables. Ceux-ci sont regroupés sous le label d’enfants hyperactifs ou souffrant de TDAH (Trouble Déficitaire de l’Attention avec Hyperactivité), alors qu’il s’agit d’enfants très divers quant à leur fonctionnement intrapsychique et leur relation aux autres, bien que présentant en surface le même fameux triptyque : hyperkinésie, inattention, impulsivité.
Il s’agit d’enfants incapables de rester en place et d’obéir, toujours en mouvement, rejetés par l’école, voire par leurs camarades. Leurs parents sont également en détresse : ils arrivent épuisés, démoralisés et ont terriblement besoin d’aide. Et vite ! Et c’est ce « vite » qui fait la différence. Aujourd’hui les parents se posent souvent de très bonnes questions sur le sens des difficultés de leurs enfants et il faut reconnaître que parfois les services de santé mentale, pédopsychiatres ou psychothérapeutes ont des listes d’attente, nécessitent du temps ou peuvent être coûteux. La tentation est grande alors de renoncer à l’approche psychopathologique sous la pression des laboratoires pharmaceutiques, auxquels s’aliènent malheureusement non seulement de nombreux médecins mais également d’autres professionnels, scolaires notamment, parfois poussés par les instituteurs qui ne savent pas comment gérer les troubles de conduites de plusieurs enfants par classe.
Que dit l’agitation ?
D’abord, l’agitation d’un enfant peut être naturelle, « normale ». En effet, le propre de l’enfance est d’être curieux de tout, d’exprimer sa joie de vivre de façon remuante et désordonnée et l’activité motrice est source de plaisir, un moyen d’action sur le monde, un des vecteurs de réalisation personnelle. Elle est une condition préalable aux représentations et à la mentalisation. Tout ce qui a trait au jeu - dont on sait l’importance décisive dans la construction psychique - en dépend.
De plus, entre 2 et 5 ans, l’instabilité est normale : l’expérience du mouvement, du déplacement permet au jeune enfant d’écouler son excitation interne liée à la découverte du monde. Le petit enfant sent très rapidement qu’il peut faire ce qu’il veut avec une motricité au service de ses désirs. C’est là que le parent doit lui signifier que les muscles ne peuvent pas servir à une action qui n’est pas socialement acceptable. Si l’enfant ne rencontre aucune limite éducative et donc aucune expérience de contenance pulsionnelle, il peut rester bloqué dans cette phase de son développement et demeurer instable à l’école primaire. Pour d’autres enfants, l’agitation est pathologique parce qu’elle constitue le reflet de diverses blessures psychologiques. Elle devient un symptôme. Des adultes déprimés aussi se noient parfois dans l’action…
Parmi les enfants étiquetés comme hyperactifs, un certain nombre sont déprimés ou ont été pris dans un fonctionnement familial insécurisant au début de leur vie. De multiples problèmes familiaux peuvent en être la cause : l’instabilité de l’un des parents, un deuil, la présence d’interactions précoces violentes, incohérentes ou carencées, une discontinuité des relations, une dépression maternelle profonde lors de la première année de vie…
Il peut s’agir aussi d’enfants soumis à un forçage éducatif par les parents, dont l’origine est souvent à mettre en rapport avec des difficultés d’apprentissage. Ce forçage amène l’enfant à répondre secondairement en réaction aux adultes au lieu d’être en relation avec ceux-ci. Ces enfants se sont construits des défenses par l’agitation. Ils ont envie de montrer qu’ils sont vivants. S’il n’est pas question d’incriminer les parents, qui se seraient bien passés d’aller mal, ils sont néanmoins responsables de l’éducation de leur enfant. Il est dès lors indispensable de les soutenir et de travailler avec eux sur leur enfance, leur histoire personnelle et sur les projections dont leur enfant a pu faire l’objet, sur le développement de celui-ci depuis sa naissance et le fonctionnement familial en tenant compte du contexte social.
Enfin, un nombre très restreint de cas concerne des enfants pour lesquels on ne trouve aucune causalité malgré des entretiens familiaux et individuels répétés et prolongés dans le temps. Maurice Berger désigne leur instabilité comme neuro-développementale et nécessitant un traitement médicamenteux, à condition que celui-ci ne soit pas utilisé dans un but de forçage (« Tiens-toi tranquille ») mais parce qu’il peut aider l’enfant à récupérer lui-même une certaine continuité de pensée, laquelle favorisera également le travail psychothérapeutique. Dans ces rares cas, les traitements médicamenteux peuvent parfois être utiles, mais toujours en association avec une démarche psychothérapeutique.
L’attention des professionnels Les professionnels sont donc appelés à la plus grande vigilance, parce qu’il ne serait pas acceptable que des enfants, sous des prétextes divers, se voient prescrire des psychostimulants dans un contexte sociétal de plus en plus dominé par la recherche de
résultats immédiats, de performances. Ce qui entraîne l’illusion d’un traitement à visée purement comportementale et médicamenteuse qui serait moins coûteux, plus rapide et plus tentant que le nécessaire et douloureux effort d’élaboration psychique des comportements avec les remises en cause qu’il ne manque pas d’impliquer. L’enfant n’est alors pas aidé et ses difficultés ressurgiront plus tard.
Il faut toujours se demander si l’agitation de l’enfant ne reflète pas son simple débordement d’énergie et l’intolérance de son entourage. Ensuite il faut prendre le temps d’écouter les parents et l’enfant, de retracer leur histoire et de comprendre ce que l’enfant veut dire avec toute cette agitation. Si un traitement s’avère nécessaire, il faut se souvenir qu’un traitement médicamenteux est souvent inutile voire potentiellement générateur d’effets secondaires et qu’en tout cas il ne peut remplacer une prise en charge relationnelle à visée psychothérapeutique de l’enfant et de sa famille, sans oublier le lien avec l’école.
yacapa.be
Inscription à :
Articles (Atom)