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mercredi 31 décembre 2008

ADOLESCENCE


L'hostilité des ados, c'est de l'attachement. Philippe Jeammet.
L’Express. Propos recueillis par Claire Chartier, mis à jour le 14/05/2004

Ces adorables… ados!
Si on pouvait mesurer le taux d’anxiété des parents d’adolescents comme on calcule le taux d’alcoolémie, on verrait sûrement qu’il dépasse fréquemment le seuil acceptable de confort.

Les adultes s'inquiètent trop pour les ados.
Un sondage réalisé par Ipsos santé à l'occasion du 4e forum Adolescences de la Fondation Wyeth dresse un portrait inattendu de la santé adolescente.

La liberté, oui… mais avec des limites ! L'avis de Jean Marie Forget, psychiatre.
Jean Marie Forget, psychanalyste, psychiatre et auteur de Ces ados qui nous prennent la tête nous donne son avis.

Les ados bien dans leurs baskets.
Non les jeunes ne vont pas si mal que ça. Ils sont même plutôt heureux. C’est ce que souligne une enquête récente menée auprès des jeunes de toute la France.

Petit guide de survie en 10 leçons pour parents d'ados.
Hier encore, on prenait soin d'un petit bébé. Puis, sans qu'on ait eu le temps de comprendre ce qui arrivait, nous voilà en présence d'un adolescent… Par Mylen Vigneault

Prévenir le suicide à l'adolescence:
une priorité de santé publique. Entretien avec Xavier Pommereau, Psychiatre.

Il conteste sans arrêt votre autorité. Pour les parents, la contestation des adolescents au quotidien n’est pas toujours facile à vivre mais elle est indispensable à l’adulte qu’il est en train de devenir. Réflexion sur l'adolescence. Antoine Desroches. Psychologue. La crise d'adolescence est aujourd'hui entrée dans le vocabulaire. Personne ne la conteste, on la considère comme naturelle, comme un passage obligé. Parallèlement les jeunes n'ont jamais été autant sous les feux de l'actualité et au milieu des préoccupations de la société.

Violence à l'adolescence.
Difficile d'être parents d'un ado en crise ! D'autant que ce passage vers le monde des adultes se fait de plus en plus violemment… Pourquoi n'en fait-il qu'à sa tête ? Comment l'aider à retrouver ses repères ? Un rapport récent a tenté d'y voir plus clair… Décryptage.

samedi 4 octobre 2008

L'hostilité des ados, c'est de l'attachement

Philippe Jeammet

L’Express. Propos recueillis par Claire Chartier, mis à jour le 14/05/2004

Il déteste l'esbroufe et les formules qui claquent. Mèches neigeuses et franche poignée de main, Philippe Jeammet fait figure de vieux sage dans la cohorte très fournie des «médecins de l'âme». Les ados mal dans leur chair et dans leur tête, il connaît. Depuis plus de trente ans, ce chef du service de psychiatrie de l'adolescent et du jeune adulte à l'Institut mutualiste Montsouris - une unité pionnière dans les troubles du comportement - tente d'arracher anorexiques et boulimiques aux sirènes de l'autosabordage. L'adolescence est un âge «contradictoire» où «le rejet de l'adulte est à la mesure du besoin qu'on en a», résume Philippe Jeammet. Ce thérapeute aux formules limpides, qui préside également l'Ecole des parents d'Ile-de-France, a participé à la préparation de la prochaine Conférence ministérielle sur la famille, prévue pour l'été prochain. Avant ce grand rendez-vous, consacré cette année à l'adolescence, il met à nu nos ados «aquoibonistes», plus chouchoutés que jamais.
Dans un récent sondage de la Sofres, 85% des adolescents se disent bien dans leur peau. La plupart des très nombreux ouvrages qui sortent chaque année sur la puberté présentent pourtant cette période comme un chemin de croix. Pourquoi un tel décalage?
De nos jours, tout le monde se dit «en souffrance» pour tout et n'importe quoi. Je crains que l'utilisation abusive de ce terme n'ait un effet délétère, en parant la douleur d'un halo romantique. L'adolescence n'est pas obligatoirement violente ou douloureuse. Dans leur grande majorité, les jeunes vont même mieux qu'avant, car la société leur offre plus de possibilités d'expression, plus de chances de réussite, plus de moyens d'emmagasiner des connaissances. Mais ces facilités rendent plus scandaleux le fait que 15% des jeunes aillent mal. D'autant que ces adolescents expriment leurs difficultés de façon plus spectaculaire que naguère: les troubles du comportement, comme la toxicomanie, la délinquance, les dérèglements alimentaires ou les scarifications, sont en augmentation, ou du moins plus visibles et mieux repérés.
Comment expliquez-vous cela?
Les jeunes, à l'instar des adultes, parlent plus facilement de leurs problèmes. Lorsque l'hebdomadaire Elle a publié le premier article sur la boulimie, il y a vingt ans, la rédaction a reçu 3 000 lettres dans la semaine! Derrière ces maux se cache l'angoisse de la performance. Aujourd'hui, il ne s'agit plus d'être conforme aux normes, mais d'aller toujours plus loin. De nombreux adolescents ressentent cette pression au travers de leurs parents. Les adultes sont pris dans une contradiction: d'un côté, ils estiment que la réussite passe par l'acquisition d'un maximum de savoirs et de biens matériels; de l'autre, ils pensent que rien ne sert de se battre, puisque le chômage les menace. Ils en arrivent à être trop tolérants face au manque de travail ou à ne pas assez s'inquiéter de l'absence de motivation de leurs enfants, qu'au fond ils comprennent trop bien! Malheureusement, ce type de comportement n'a pas du tout les mêmes conséquences chez un adulte, qui a déjà fait la preuve de ses capacités, et chez un adolescent, qui a encore tout à prouver. Certains adolescents ressentent l'intensité de leurs envies comme une menace pour leurs parents et retournent cette force contre eux en se sabotant.
Terrible renversement! Comment analysez-vous cette phase si paradoxale de l'adolescence?
C'est l'âge de la vie au cours duquel l'être humain doit s'émanciper pour aller vers le monde adulte tout en ayant encore besoin de la protection dont il jouissait dans l'enfance. L'adolescent redoute de se confronter au monde des adultes, mais, comme l'idée de se cramponner aux parents lui est tout aussi insupportable parce qu'elle affaiblit son autonomie naissante, il se rend désagréable en s'opposant ou, au contraire, en restant collé à ses parents. L'adolescent qui va mal ressemble au Corse de la blague, qui dit à son copain: «Tu as regardé ma sœur, qu'est-ce que tu lui veux?», avant d'ajouter aussitôt: «Quoi, tu l'as pas regardée? Tu ne la trouves pas belle, peut-être?»
Les ados les plus révoltés sont donc aussi ceux qui sont les plus dépendants des adultes?
Absolument! Plus l'adolescent a peur, plus il est tenté de faire peur pour dissimuler son anxiété. Ce n'est pas tant l'amour que l'inquiétude qui dicte sa dépendance, inquiétude accentuée par toutes les questions que le jeune se pose sur son corps. Parfois, l'adolescent a trop besoin des autres, et ce «trop» est très lourd à digérer. Si une anorexique ne mange pas, ce n'est pas parce qu'elle veut mourir, mais parce qu'elle a peur de ne plus pouvoir s'arrêter si elle se met à manger. En arrière-fond, on trouve deux angoisses humaines fondamentales: l'angoisse d'abandon et l'angoisse de fusion ou d'intrusion: «On s'occupe de moi, donc on m'envahit, on met au jour tous mes défauts.» Lorsque les ados lancent à leurs parents: «Tu me prends la tête», ils ne voient pas que c'est l'intensité de leur attente qui les rend si réactifs. Ils tentent de résoudre la contradiction qui les habite en broyant du noir, en présentant leurs échecs comme un choix personnel, alors que c'est la peur qui dicte leur comportement: la peur d'être débordé par leurs envies, de ne pas être à la hauteur de ce qu'ils imaginent que les autres exigent d'eux. Au fil du temps, ils risquent de se construire une identité et une différence dans le malheur plutôt que dans le plaisir, et d'utiliser la stratégie du refus comme une drogue: «Plus je refuse, plus je me sens fort, et donc plus j'existe et plus j'ai de pouvoir sur les autres.» L'engrenage dure parfois des années.
Comment les parents peuvent-ils mettre fin à cette spirale?
D'abord, en prenant conscience des inévitables contradictions de l'adolescence, et en cessant de s'en vouloir de ne pas être les parents qu'ils rêvaient d'être! Ensuite, en posant des limites et en disant à l'adolescent: «Nous ne pouvons pas accepter que tu gâches ainsi tes potentialités, quelles que soient tes difficultés, parce que ce que tu t'infliges est trop injuste.» Il y a des choses qu'on ne doit pas tolérer: le manque de travail, l'agressivité… Le meilleur encouragement, c'est le plaisir des parents à faire ce qu'ils font et leur intérêt pour la vie et le monde. Et la meilleure façon de donner confiance à son adolescent est de lui permettre de faire ses propres expériences, à distance de la famille. Rester collé à son enfant, lui céder sur tout en pensant qu'il ira mieux ainsi est une erreur: cette attitude conforte le jeune dans l'idée qu'il ne pourra jamais se débrouiller. Prenez l'école. Les parents croient bien faire en aidant l'adolescent à rédiger ses devoirs. Le risque, c'est que ce dernier attribue ses bonnes notes aux adultes, et non pas à lui-même. En cas d'échec scolaire, le recours aux études surveillées et à l'internat me paraît une bien meilleure solution. Les séparations provisoires, pendant les vacances ou à l'occasion d'un séjour à l'étranger, sont aussi très bénéfiques.
Mais, pour des parents inquiets, accepter l'éloignement n'est pas facile!
Vivre, c'est prendre des risques. De toute façon, lorsqu'un adolescent dérape, son entourage s'en aperçoit vite: il se replie sur lui-même, sabote ses potentialités, ne peut prendre du plaisir qu'en se mettant en danger… C'est la grande tentation humaine du nihilisme, qui nous habite tous, mais plus particulièrement à cet âge. «A défaut d'être grand dans la réussite, je peux toujours être grand dans l'échec.»
Dans le même ordre d'idée, que pensez-vous des défis imbéciles et masochistes que se lancent de plus en plus d'ados, sur le modèle de l'émission américaine Jackass: dévaler une pente à bord d'un Caddie, s'agrafer les testicules…
C'est la même logique. Quand on joue à se faire mal, on gagne à tous les coups! Et, comme il n'y a plus de limites, les adultes laissent les adolescents aller aussi loin qu'ils veulent. C'est une forme d'abandon, et même de maltraitance. On ne laisse pas ceux qu'on aime s'abîmer ou être humiliés.
Comment faire comprendre cela à un ado révolté?
Il ne faut justement pas essayer de le lui faire comprendre - l'adolescent ne supporte pas que les adultes aient l'air de mieux savoir que lui ce qui lui arrive - mais lui donner envie de sortir de l'impasse. Voilà pourquoi il est si important que les parents aient, eux aussi, une vision positive de l'avenir. Ils doivent comprendre que l'hostilité de leur adolescent reflète un attachement profond dont il croit se délivrer par ce qui est vraiment inacceptable pour les parents: qu'il se fasse du mal.
Et si même la solution de la séparation ne suffit pas?
Il faut se tourner vers un tiers: quelqu'un de la famille, un ami, ou un thérapeute si le problème persiste. Lorsqu'un adolescent refuse d'aller consulter, il faut savoir qu'il teste la volonté réelle de ses parents de régler le problème hors du cercle familial. Souvent, les adultes envoient un message implicite: «Tu ne vas pas nous trahir, nous allons régler les choses en famille.» Ils demandent à leur enfant de les conforter dans l'idée qu'ils sont de bons parents. Les adolescents ne sont pas là pour remonter le moral des adultes!
Depuis quelques années, on parle beaucoup des «préados». Cette catégorie existe-elle vraiment?
C'est une invention des marques et des médias, qui peut se révéler très dangereuse: les petites filles ont le temps de jouer aux lolitas! Respectons leur enfance. La télévision a une grande responsabilité. Par l'écran, le monde des adultes fait brutalement effraction dans celui de l'enfant. Ce peut être un traumatisme, et, donc, une forme d'abus. L'interdit, même s'il est transgressé, a une fonction de protection. L'intrusion du côté sordide, de la dérision, de l'excès d'excitation du monde des adultes dans l'univers des enfants est une forme de viol. Elle menace les capacités de tendresse et de confiance. Tout comme l'exhibition des adolescents souffrants. Après chaque fait divers un peu spectaculaire mettant en scène un adolescent, les médias nous appellent en nous demandant de leur trouver un jeune qui va mal. Nos patients sont souvent ravis de se montrer. «J'existe, parce qu'on me voit», pensent-ils. Mais c'est un piège: certaines anorexiques se sont suicidées après avoir été placées sous le feu des projecteurs. Notre rôle de thérapeutes consiste à protéger leur intimité.
Que se passe-t-il dans la tête des adolescents qui s'étourdissent d'alcool, de vitesse et de cannabis?
Ils tentent de maîtriser leur peur intérieure, parfois de se prouver qu'ils sont plus forts que le destin. Dans tous les cas, ils ont l'illusion d'être leur propre maître, alors que, comme le taureau dans l'arène, ils sont prisonniers des émotions suscitées par l'environnement.
8,7% des jeunes âgés de 10 à 19 ans ont déjà pris un psychotrope sur ordonnance, d'après la Caisse nationale d'assurance-maladie. Les adolescents sont-ils surmédicalisés?
La tendance existe, et il est à craindre qu'elle ne fasse que s'accentuer. Les médecins généralistes n'ont ni le temps ni la formation pour répondre aux angoisses des adolescents et de leurs parents. Le médicament demeure la solution la plus facile et la plus rapide. En outre, les praticiens ont trop tendance à prescrire des tranquillisants, qui favorisent une certaine dépendance, plutôt que des antidépresseurs et des régulateurs de l'humeur, ou même des neuroleptiques. Les adolescents acceptent plus facilement les tranquillisants que les autres psychotropes, qui leur font peur. Je vois des jeunes «accros» au haschisch refuser un psychotrope sous prétexte du risque de dépendance!
Les groupes préparatoires à la Conférence sur la famille ont fait une série de propositions en vue d'améliorer l'accompagnement de l'adolescence. A votre sens, lesquelles faudrait-il retenir?
L'examen de prévention effectué aux âges charnières - 12 ans et 14-15 ans - par un médecin et consigné sur le carnet de santé me semble une très bonne idée. Sans dramatiser, il faut mettre en place des clignotants et un suivi de l'enfant afin d'éviter son enfermement dans l'échec. L'école est bien placée pour détecter les enfants qui se marginalisent. Les professionnels, notamment les enseignants, doivent aussi être mieux informés sur la spécificité de l'adolescence. Le but n'est pas de provoquer une confrontation brutale - «Je t'oblige à faire ceci» - mais de marquer un arrêt pour dire: «Là, ça ne va pas, nous allons trouver des solutions.» Seulement, pour avoir l'autorité nécessaire, il faut en comprendre le sens.
Que pensez-vous des maisons de l'adolescence que le gouvernement souhaite développer?
Les secteurs hospitaliers de pédopsychiatrie font déjà beaucoup, mais, comme ils ne pratiquent pas le lobbying, on n'en parle pas! Ouvrir des maisons spécialisées est une chance. Cependant, il faut du personnel qualifié pour les faire fonctionner et pouvoir répondre à la demande en assurant le suivi indispensable. La relation avec les parents est souvent trop chargée d'attente et d'émotion. Il faut introduire des liens: éducateurs, soignants, mais aussi des lieux relais où s'associent les études, l'éducatif et le soin. Il paraît de plus en plus indispensable de développer la collaboration entre les différents professionnels de l'adolescence. C'est dans ce dessein que j'ai mis en route depuis deux ans une formation universitaire consacrée à l'adolescence difficile à Paris VI. Ce module s'adresse aux professionnels de l'Education nationale, de la santé, de la justice, de la police et de la gendarmerie.
Quand cesse-t-on d'être un ado?
Naguère, l'entrée dans la vie professionnelle et le mariage marquaient le passage à l'âge adulte. C'était au fond devenir raisonnable et renoncer à rêver sa vie. Aujourd'hui, les jeunes générations ne reproduisent plus le mode de vie de leurs parents. La relativisation des valeurs et des normes sociales libère l'individu, mais, ce faisant, met davantage en évidence sa vulnérabilité. J'y vois la raison principale de l'accroissement des troubles dits «narcissiques». Le risque de cette liberté est de confronter chacun à ses contradictions et à ce qu'on a appelé la «tyrannie du choix». Sous l'apparente anarchie des comportements, c'est la contrainte qui peut imposer sa loi: contrainte des ruptures successives et des passages à l'acte; contrainte du moi pris entre l'angoisse d'abandon et celle de l'intrusion; contrainte d'un nouveau conformisme social aussi: aujourd'hui, faire partie de la communauté des adultes consiste à se lancer dans la course folle aux apparences, à exister dans la recherche d'une excitation constante au détriment du contenu de ce après quoi on court. Etre adulte n'est pas un état statique, mais un mode de fonctionnement psychique qui permet de faire face à la réalité, tout en étant capable d'accueillir ce qui demeure en nous de l'enfant qu'on a été. Sans se sentir menacé ni débordé.

Ces adorables… ados!

Si on pouvait mesurer le taux d’anxiété des parents d’adolescents comme on calcule le taux d’alcoolémie, on verrait sûrement qu’il dépasse fréquemment le seuil acceptable de confort.
Premier party mixte, heures de rentrée de plus en plus élastiques, première sortie en auto avec un copain « très prudent », etc..
Comment rester « zen » avec tous ces changements à la vitesse grand « V ». Hier encore, il jouait au pompier et elle à la poupée. Aujourd’hui, il veut son permis de conduire et elle porte un « string ». Ils ont des pantalons trop grands ou trop serrés. Ils se cachent sous des capuchons où l’on ne distingue plus leur visage ou ils s’exposent presque dénudés à moins 10 degrés Celsius.
Comment le parent normal et bien constitué réussit-il à traverser sa crise d’ado-parent, parce que très souvent, c’est lui qui est en crise.

Petit guide de survie pour parents en déroute.
L’adolescence est une période d’importantes modifications tant physiques que psychiques et affectives. L’enjeu central de la période de l’adolescence en est un de taille : il faut à cet âge parvenir à se séparer de ses parents au plan psychologique, ceci pour pouvoir s’individualiser de façon à être une personne distincte et autonome.
En tant que parent, notre rôle est d’accompagner l’adolescent à travers ce processus qui crée bien des remous : ceci implique d’encourager l’affirmation et l’autonomie, tout en restant présent comme figure d’autorité, capable de poser des limites souples et rassurantes. Donc, on « résiste », on tient le coup, on reste là comme parent et non pas comme ami… On continue à jouer notre rôle d’adulte responsable qui émet et fait respecter des règles adaptées à son âge et à sa nouvelle réalité d’adolescent qui cherche à expérimenter.
Il faut laisser de l’espace à notre ado pour qu’il exerce ses nouvelles habiletés, même si cela implique qu’il nous confronte, qu’il se manifeste avec son opposition, ses demandes. Il est très important de maintenir le dialogue, parler, discuter, même s’il n’a pas l’air de nous écouter ou nous répond par des onomatopées telles que: « hum » « bof » « pas rap » ou pas du tout. On s’intéresse à notre adolescent, on discute de toutes sortes de sujets, mais bien entendu, on évite de le prendre comme confident.
On ouvre la porte aux amis : cela permet de connaître l’entourage de notre adolescent. On rappelle à ceux-ci de s’essuyer les pieds avant d’entrer, mais nous, comme parent, on ne va pas faire la fête avec eux! On continue les petites gâteries, les traditions : le gâteau préféré, le chocolat de Pâques qui souligne l’intérêt et l’attention que l’on continue de porter à notre enfant. On continue à faire des activités et des sorties avec notre adolescent, même si cela implique de devoir faire avec ses décorations, ses excentricités, ses cheveux rouges ou verts.
C’est ce qui l’aidera à se développer, à savoir :
• s’affranchir de ses parents,
• se former une identité à soi,
• se développer un monde à lui.

La fameuse crise d’adolescence…
L’adolescence en tant qu’étape de développement implique des changements subits qui entraînent des modifications dans les comportements, l’identité, les relations, la pensée et les émotions. Elle représente une période de bouleversements pour l’adolescent et, donc,
en ce sens une crise. Il s’agit toutefois d’une crise positive pour le développement.
Là où il faut être prudent quand on parle de crise de l’adolescence, c’est avant tout de :
• ne pas lui donner un sens malsain ou dysfonctionnel,
• ne pas tout mettre sur le dos de la crise, au risque de
masquer la présence de difficultés psychologiques réelles. Ce serait environ 5 à 15 % des jeunes qui s’inscriraient dans ce qui est considéré comme pathologique, soit la même proportion que dans la population en général.
De 75 à 85 % des jeunes traverseraient positivement leur crise d’adolescence, malgré tous les désagréments qu’ils peuvent faire vivre durant cette période… Donc chers parents, courage et maintenez le cap.

Danielle Pelletier-Basque. Maryse Pesant

jeudi 2 octobre 2008

Les adultes s'inquiètent trop pour les ados

Peur de l'avenir, crise de l'adolescence, mal de vivre... Ce tableau de l'adolescence a la vie dure chez les adultes. Non, aujourd'hui, les ados vont bien, bien mieux que ce qu'en pensent leurs parents.

Un sondage réalisé par Ipsos santé à l'occasion du 4e forum Adolescences de la Fondation Wyeth dresse un portrait inattendu de la santé adolescente.

Les ados vont mieux que ne le pensent les adultes

Comment vont les ados ? A peine avez-vous terminé votre question que les adultes témoignent du malaise adolescent, de cette détresse psychique si caractéristique de cet adulte en devenir... Et bien les ados vont mieux qu'on pourrait le penser ! Amateur du contre-pied ou réel décalage entre deux perceptions ? La Fondation Wyeth pour la santé de l'enfant et de l'adolescent a présenté les résultats étonnants d'une enquête menée du 14 au 27 mars auprès de 850 adolescents, 600 professeurs et 200 infirmières scolaires.

Tandis que 19 % des adolescents se disent mal dans leur peau, 72 % des adultes pensent qu'ils le sont. 72% des jeunes sont le plus souvent satisfaits de ce qui leur arrive, mais seulement 35% des adultes le pensent. Près de 80 % des ados disent dialoguer facilement avec leurs parents alors que seulement 3 % des enseignants et 1 % des infirmières scolaires pensent que c'est réellement le cas. 87 % des ados ont le sentiment de savoir à qui s'adresser, en cas de difficulté alors qu'un enseignant sur deux en est persuadé.

6 % d'ados en vraie difficulté

Alors la vie est toujours rose quand on est ado ? Ne passons pas d'une caricature à une autre. A côté de cette majorité d'ados qui va bien, on identifie 6 % d'entre eux qui rencontrent le plus de difficultés (stress, mal-être...), une frange qui rencontre visiblement moins les adultes, a le plus souvent le sentiment d'appartenir à une classe sociale défavorisée, et a eu au dernier trimestre une moyenne scolaire inférieure à 10/20. C'est parmi les adolescents âgés de 18 ans que la proportion de jeunes rassemblant un faisceau de signes de mal-être est la plus élevée (10 % vs 6 % pour l'ensemble). " Il existe un certain nombre d'adolescents en grande souffrance et ceux là nécessitent une prise en charge professionnelle. Mais la grande majorité d'entre eux vont bien, même s'ils vivent ce "mal-être" spécifique de cette période de la vie, qui est une période de transition" résume Caroline Thompson, psychanalyste et thérapeute familiale à l'Hôpital de la Pitié-Salpêtrière.

Plus d'information, moins de leçon de morale

Malgré ce bon état de santé général, une majorité d'ados (73 %) avouent être demandeurs d'une "éducation à la santé". Ils veulent qu'on les informe, mais en respectant leur intimité et sans leur faire de leçon de morale. Parmi les sujets soulignés, 87 % estiment que l'on devrait se préoccuper davantage des tentatives de suicide.

Autre résultat de l'enquête : L'hygiène et la propreté sont classées en tête de ce qui est bénéfique pour leur santé (note de 9/10) devant le sommeil et le moral. La prise de drogue est le risque qu'ils considèrent comme le plus important pour leur santé (note de 9,3 /10). Vient ensuite le fait d'avoir des rapports sexuels non protégés ou de boire régulièrement de l'alcool. Ce dernier risque est plus facilement relativisé tout comme avoir des idées noires ou des rapports difficiles avec les profs... Le fait de discuter avec un médecin n'apparaît pas comme bénéfique pour la santé (note de 5,4 /10) ; de même avec un enseignant (4,7/10) ou une infirmièr(e) scolaire (4/10).

A l'occasion du 4e forum Adolescences, plusieurs propositions concrètes ont été évoquées : une éducation à la santé dispensée par un médecin, des témoignages et des rencontres plutôt que des messages moralisateurs, une heure et demi par semaine pour parler librement de santé à l'école, un service psychologue itinérant de lycée en lycée, la mise en place d'infirmiers scolaires pour les garçons, multiplier les centres spécialisés comme le planning familial ou les lieux d'accueil pour anorexiques...

Luc Blanchot

lundi 30 juin 2008

La liberté, oui… mais avec des limites ! L'avis de Jean Marie Forget, psychiatre.

Jean Marie Forget, psychanalyste, psychiatre et auteur de Ces ados qui nous prennent la tête nous donne son avis.

Poser des limites, gérer les sorties avec les copains… évidemment c’est plus facile pendant l’année scolaire ! Quand il y « a » école, votre ado sait bien qu’il ne peut pas sortir tous les soirs… parce qu’il y a les devoirs, les leçons et l’école le lendemain à 8h ou 9h. Le week-end, il en profite, mais pas trop parce qu’il ne doit pas trop se fatiguer.
Alors, quand les vacances arrivent, il réclame tout naturellement le droit de sortir à sa guise, de rentrer à l’heure qu’il veut… en un mot, de décider de sa vie tout seul !

Comment fixer des limites (sorties, copains…) pendant les vacances ? En étant présent et en réajustant votre discours avec l’arrivée des vacances. Car, débarrassés des obligations scolaires qui règlent leur vie pendant toute l’année, vos ados se sentent pousser des ailes et s’imaginent que rien ne peut plus les « empêcher »… ! Attendez-vous alors à ce que leurs demandes de sortie se fassent plus pressantes et plus importantes. Comment réagir ? Puis
qu’il n’y a plus d’impératifs scolaires, accordez-leur plus de libertés que pendant l’année… « mais dans la limite de ce que vous pensez pouvoir supporter » précise Jean Marie Forget. C’est pendant les vacances que vous allez être confronté au rude « métier » de parents. Plus possible de se cacher derrière l’école pour interdire à votre enfant de sortir. Vous êtes en première ligne et vous devez « jouer le jeu » : les limites que vous fixez marquent votre autorité et c’est « contre » cette autorité que votre enfant va trouver son identité et identifier son désir. C’est dans le cadre que vous aurez établi que votre adolescent pourra réellement se trouver libre !

Comment gérer les sorties du soir ? Ne fixez pas d’horaires complètement inappropriés ! Les critères à prendre en compte ? Son âge, son degré d’autonomie et si cette sortie s’accompagne de risques bien réels (drogue, abus d’alcool, violence…). C’est à vous de décider de son heure de rentrée. Il faut alors que votre prise de position soit « fiable », « sans concession » et que vous « teniez parole » : ne lui demandez pas de rentrer à minuit alors que vous savez que vous allez rentrer plus tard. Soyez là quand il rentre. Ces horaires peuvent être revus avec lui s’ils sont maladroits… ne lui demander pas de rentrer à 23h alors que la soirée débute à 21h.

Il transgresse les règles… Vous lui aviez accordé 2h du matin après une longue discussion… et il rentre à 4h30 ! Ne punissez pas, sanctionnez : il ne ressortira pas le lendemain contrairement à ce qui était prévu. Tenez bon ! Votre enfant a besoin de « savoir qu’il peut compter sur votre parole » et que vous êtes en accord avec vous-même. S’il n’a pas respecté les limites, c’est peut être aussi parce qu’il veut tester votre autorité. Dans ce cas, les discours moralisateurs ne conviennent pas : « tu pourrais appeler dans ces cas-là ! Tu ne te rends pas compte du souci qu'on s’est fait ! »… Si vous ne faites que lui parler, votre ado peut inconsciemment décider de « pousser le bouchon » de plus en plus loin, quitte à se mettre réellement en danger, juste pour vous faire réagir ! N’oubliez pas qu’il a besoin de limites pour acquérir sa véritable liberté !

Vous n’aimez pas ses copains ! Tant pis… et même tant mieux. Sauf s’il s’agit de délinquants ou de personnes louches qui ne vous inspirent pas confiance, vous ne pouvez pas interdire qu’il ou elle les voit. Ne vous privez cependant pas de dire ce que vous en pensez. Sachez que le fait qu’il ait envie de ramener ses copains à la maison, même pour une après-midi Playstation, est un acte plein de symbolique. Bien que cela ne vous réjouisse pas toujours, montrez-lui que vous appréciez la confiance qu’il ou elle vous témoigne ! « Ils ne sont vraiment pas mon style… mais bon, ce sont tes amis ! ». Dans tous les cas, apprenez à « parler vrai » !

Il se lève tous les jours à midi ! En soit, ce n’est pas grave… mais après quelques jours à ce rythme, ça risque de vous énerver. Il n’est jamais présent aux repas, il traîne toute l’après-midi en T-Shirt et ne s’habille que pour sortir le soir … Petit à petit, il « gagne » du terrain, parce que vous ne voulez pas être « injuste » en lui reprochant une attitude qui vous gêne vous ! Et bien non ! Vous avez tout à fait le droit d’être à bout parce qu’il se lève tard et vous devez intervenir concrètement. Il vous en sera reconnaissant (peut-être pas immédiatement !) puisque vous lui donnez à nouveau des repères solides. Même les moments que vous passerez à vous prendre la tête avec votre ado qui vous traite de « vieux naze » sont importants : au moins vous tenez compte de ce qu'il fait ! Et puis, c’est ça la vie de famille: les parents qui cadrent et les enfants qui contestent.

Quand faut-il interdire ? Vous avez le droit d'en avoir assez qu’il sorte tous les soirs, rentre toujours plus tard et vous en demande systématiquement un peu plus ! Faites entendre votre « Non ! Maintenant ça suffit ! ». Pour Jean-Marie Forget, « l’affirmation parentale doit être posée : « Je pense que cela est [bien de t'interdire cette sortie] . Il est possible que je me trompe. Mais je prends cette décision précise et je m’y tiens ». » Soyez également très attentif à tous les signes que vous envoie votre ado. Posez des vraies limites et de vrais interdits si vous sentez que votre enfant dérappe et qu’il prend une mauvaise direction. Pas parce qu’elle ne correspond pas à ce que vous aviez imaginé de mieux pour lui… mais parce qu’elle le met réellement en danger et compromet sa vie future : drogue, petite délinquance, agressivité permanente, sèche les cours, etc… ! Votre enfant attend de vous que votre parole soit suivie d’actes concrets. Vous représentez l’autorité, rendez-lui sa place d’adolescent : vous le libérez ainsi de ses illusions et l’empêchez de se détruire ! Que pouvez-vous lui dire ? « J’ai vraiment l’impression que tu « déconnes » en ce moment. Ça ne peut plus durer comme ça ! D’ailleurs ce soir, tu ne sors pas ! ».

lundi 3 mars 2008

Les ados bien dans leurs baskets

Non les jeunes ne vont pas si mal que ça. Ils sont même plutôt heureux. C’est ce que souligne une enquête récente menée auprès des jeunes de toute la France. Ils ont des amis, les parents avec leurs parents, ils résistent à la pression scolaire et ils envisagent sereinement leur avenir ! Tour d’horizon rassurant sur la santé mentale de nos jeunes !

Qui a dit que les ados devaient être mal dans leur peau ? Selon une enquête d’Ipsos Santé pour la fondation Wyeth, les adolescents en 2006 sont plutôt en forme !

Ils vont bien
C’est la surprise du sondage. Contrairement aux idées reçues, les ados vont plutôt bien ! Vous pensiez que les jeunes étaient isolés, solitaires ? 95 % déclarent avoir beaucoup d’amis. Pour vous, ils ont des problèmes de communication et de compréhension au foyer ? 80 % déclarent parler "totalement et librement avec leurs parents". Et de manière générale, 71 % se déclarent satisfait de leur vie. Enfin 75 % des adolescents se sentent plutôt favorisés socialement. Pas vraiment d’exclusion donc, même si les récents phénomènes dans les banlieues peuvent laisser penser que la situation n’est pas homogène en France.

La pression scolaire
Et les ados se sentent pas exclus du le système éducatif, au contraire. Ils sont 79 % à déclarer bien se sentir à l’école. Certes, 42 % déclarent vivre souvent sous pression, à cause des exigences de performances scolaires. Et les parents et professeurs sont directement accusés de trop pousser les jeunes, en se focalisant sur les notes et résultats scolaires. Car on leur a bien fait comprendre qu’il s’agit de réussir sa vie ! Malgré ces pressions, les enfants ont les pieds sur terre : ils mettent dans les priorités de leur vie la famille, les amis, l’amour et la santé avant les résultats scolaires.

Système D

Le fait que les ados aillent bien peut sembler paradoxale, lorsqu’on voit le regard extrêmement critique qu’ils ont sur la société et qui transparait dans certaines réponses. Ainsi, ils ne pensent pas que le monde de demain sera meilleur qu’aujourd’hui, ils sont persuadés que l’argent est le moteur de la société et ils savent que tout le monde n’a pas les mêmes chances de réussite. Mais lis gardent le sourire car 85 % pensent que le système D et le sens de la débrouille permettent de s’en sortir dans la vie. Et ils ont surtout le sentiment qu’ils vont pouvoir faire bouger les choses. Un mal-être Certes il existe quelques points noirs qu’il faut souligner. Ainsi, outre les pressions des performances scolaires qui sont pointées du doigt , un ados sur quatre a des difficultés à aller vers les autres et un sur six ne se sent pas bien dans sa peau. Et si l’on observe de manière transversale les adolescents qui cumulent les problèmes, on a une frange préoccupante de 5 % d’adolescents qui sont isolés, n’ont aucun projet pour l’avenir, etc. Pour ceux-là, il est nécessaire d’agir, de les empêcher de basculer dans des solutions qui n’en sont pas. Car même si les ados vont bien, ils faut savoir reconnaître les signes de problèmes pour les empêcher de basculer.
Alain Sousa





Petit guide de survie en 10 leçons pour parents d'ados

Hier encore, on prenait soin d'un petit bébé. Puis, sans qu'on ait eu le temps de comprendre ce qui arrivait, nous voilà en présence d'un adolescent… Par Mylen Vigneault
Lorsque les autres parents nous ont prévenue que la crise d'adolescence de notre enfant allait être épouvantable, on s'est armée de bonnes résolutions en se disant que ça ne pouvait pas être aussi pénible qu'annoncé. Mais la réalité nous a rattrapée! Comment s'en sortir? Pour nous aider, voici 11 mises en situation courantes dans la vie d'une mère d'ado et les réponses de madame Rose-Marie Charest, présidente de l'Ordre des psychologues du Québec.

On refuse qu'il se fasse «percer» ou tatouer. Bien sûr, il proteste.
Que faire? Même s'il peut être troublant pour un parent que son enfant ait envie de «porter atteinte à son corps», inutile de lui faire la morale. Par contre, on peut l'informer sur les risques pour la santé (infections, MTS), lui parler des frais exorbitants qu'il aurait à payer pour faire effacer son tatouage en cas de regret, etc. On lui demande donc d'attendre d'être assez vieux pour assumer son geste.

On n'aime pas son look vestimentaire.
Que faire? Souvent, on se préoccupe davantage de l'avis du monde extérieur que du bien-être réel de notre jeune. On garde en tête que ses «extravagances» vestimentaires sont normales et font partie du processus d'identification à son groupe d'amis. De plus, nos critiques ne serviront probablement qu'à le faire redoubler d'audace! Alors que si on lâche prise, le look qu'on déteste ne tardera pas à être de l'histoire ancienne.

Sa chambre ressemble à un dépotoir.
Que faire? On choisit nos batailles! Est-ce vraiment sur l'aspect de sa chambre qu'on veut mettre nos énergies? On exige la salubrité (pas de nourriture qui traîne!), mais pour le reste, on ferme la porte si on ne veut pas voir le chaos qui règne dans sa chambre. Cependant, pour les pièces communes, il est essentiel que notre jeune participe à les garder propres et ordonnées.

Il (elle) veut dormir avec son amoureux (se).
Que faire? On se fie à nos valeurs personnelles. Est-on confortable avec cette idée? Si on a plusieurs enfants, on peut aussi décider que ça ferait trop de «visite». L'important est de se respecter et de ne pas tomber dans le piège de vouloir être un parent «moderne» à tout prix.

Déterminer un couvre-feu est compliqué.
Que faire? Tout d'abord, on se fait confiance. Ce n'est pas parce que la voisine laisse son ado rentrer à minuit qu'on doit le faire aussi. On analyse tous les facteurs: l'âge de notre enfant, ses fréquentations, son tempérament, le quartier où l'on habite, etc. On essaie cependant de ne pas isoler notre jeune (si on exige qu'il rentre à 22 heures le vendredi, il ne sera jamais invité aux partys). En somme, on se sert de notre jugement.

Il ne prend plus le temps de déjeuner le matin.
Que faire? À trop vouloir bien faire, on se crée souvent beaucoup de stress. Comme la nutrionniste Louise Lambert-Lagacé le dit, le parent est responsable de mettre les aliments à la disposition du jeune... et ce sera à lui de décider de la quantité qu'il consommera. Si pendant six mois notre ado a moins d'appétit, on ne s'en fait pas trop. On lui glisse une barre grano dans les mains avant son départ, par exemple. Fort à parier qu'il la mangera en route!

Il ne nous parle presque plus et ce silence nous inquiète.
Que faire? On crée des moments qui laisseront place aux confidences. Par exemple, on organise une activité qu'on fera seule avec notre ado, on va le chercher en voiture après une de ses activités, etc. C'est souvent dans de telles circonstances que notre jeune s'ouvrira. Attention! On ne cherche pas à toujours vouloir tout savoir ni à mettre de pression sur notre jeune. Et on évite de le critiquer: s'il croit qu'on a une image négative de lui, il ne sera pas porté à parler.

Les discussions parent-ado finissent souvent par des cris.
Que faire? On choisi notre moment: inutile de tenter de régler quelque chose alors que le souper est au four! Mieux vaut se fixer des «rendez-vous» pour discuter, toujours en parlant au «je». Si notre ado se met à crier, on s'affirme: «Je refuse que tu me cries après». Et si on se met à crier à notre tour, il est préférable d'interrompre la discussion pour ne la reprendre qu'une fois tout le monde calmé.

Il a fait une grosse «gaffe».
Que faire? Qu'il s'agisse d'un graffiti à l'école ou d'un objet brisé chez le voisin, il y aura des conséquences à assumer, parfois par le parent (sur le plan monétaire, par exemple). Si une telle situation se présente, on en discute avec notre jeune. «Que retires-tu de cette expérience?», «Comment penses-tu remédier à la situation?» Bien entendu, on peut lui apporter notre aide, mais il doit également assumer ses actes et leurs conséquences.

Il veut aller vivre chez notre ex-conjoint(e).
Que faire? On doit permettre à notre ado de voir son autre parent. On se sent trahie? On se rappelle que notre enfant n'a aucune dette envers nous. De plus, on doit reconnaître que notre ex a aussi quelque chose à apporter à notre enfant. Avant de prendre une décision, on en discute en famille et on demeure présente pour lui, quoi qu'il arrive. Important: il existe des situations plus complexes - par exemple, notre ex était violent - qui doivent être évaluées par des professionnels avant que toute décision ne soit prise.

Des situations plus graves (absentéisme à l'école, soupçons de consommation de drogue, notre ado parle souvent de la mort, etc.).
Que faire? La règle d'or en de telles situations: on ne ferme pas les yeux! Peut-être que les absences scolaires de notre ado sont liées à du harcèlement ou à un conflit avec un professeur? Qu'est-ce qui pousse notre jeune à parler de la mort? On n'hésite pas à consulter des professionnels si tout cela est trop lourd ou qu'on ne voit pas d'issue.

De la lumière au bout du tunnel

Même si on sait que la crise d'adolescence a une fin, on peut entretenir des inquiétudes en cours de route: est-ce que mon ado me déteste? Est-ce que nos liens sont coupés pour toujours? Etc. Qu'on se rassure! La grande majorité des ados, devenus adultes, entretiennent de bons rapports avec leurs parents. On se rappelle que les quelques mois ou années qu'aura durés la crise d'adolescence de notre enfant ne déterminent pas à eux seuls la relation qu'on bâtit avec lui. En évitant de vouloir être une maman parfaite et en gardant foi en l'avenir, nul doute qu'on survivra à l'aventure que représente l'adolescence.

Prévenir le suicide à l'adolescence

Xavier Pommereau
Le suicide représente en France la deuxième cause de mortalité chez les 15-24 ans. Chaque année, 40 000 jeunes sont hospitalisés à la suite d’une tentative (120 000 tentatives par an). Xavier Pommereau, psychiatre reconnu qui dirige l'unité médico-psychologique de l'adolescent et du jeune adulte au centre Abadie (CHU de Bordeaux), revient, dans L'Adolescent suicidaire (Dunod, 2005, 3e édition mise à jour) sur les moyens de repérer les tendances suicidaires et de réagir face à un passage à l'acte.
Propositions de réponses aux questions quotidiennes des acteurs de terrain…

Votre ouvrage sur l'adolescent suicidaire, déjà largement reconnu, fait l’objet d’une nouvelle édition enrichie et mise à jour. Dans notre société moderne, l’adolescence est-elle une période plus difficile à vivre que dans le passé ?

En effet, l’adolescence est une période plus difficile à vivre aujourd’hui, notamment parce que la primauté de l’individu sur le groupe oblige chacun à se définir d’avantage qu’auparavant. C’est une grande liberté mais c’est aussi une source de soucis, voire de tensions. Par ailleurs, dans un monde où les frontières et les différences s’estompent, il devient très difficile pour beaucoup d’adolescents de se démarquer et de dessiner leurs propres contours pour se sentir exister en tant qu’eux mêmes.

Y a-t-il des signes qui permettent de repérer les adolescents en réelle souffrance?
Les adolescents qui vont le plus mal sont ceux qui ne parviennent pas à se distinguer au sens propre et au sens figuré de leurs parents et des autres en général autrement que dans des logiques de rupture. Il leur faut en quelque sorte trancher dans le vif de leur chair et de leur relation à autrui pour se sentir exister. Mais en tranchant dans le vif, ils vont prendre des risques et vont donc adopter des conduites de rupture dont le repérage et le dépistage devraient permettre une prise en charge plus précoce. Tous les adolescents qui vont mal se signalent d’abord par ces conduites de rupture qui peuvent se décliner sur différents registres : prises de risques inconsidérés, fugues, tentatives de suicide, ivresses prononcées à l’alcool ou au haschich. Ces comportements sont autant de manières de se « déchirer » pour se sentir exister.

La famille est-elle la mieux placée pour repérer ces signes de souffrance?
La famille est la plus proche et la plus impliquée, elle est donc aussi la moins bien placée pour reconnaître en toute objectivité que l’adolescent va mal. C’est la fonction des tiers de faire part à la famille de l’inquiétude que peuvent susciter certains comportements de l’adolescent.

Quelles sont les personnes les plus susceptibles de percevoir la détresse d’un jeune?
Les médecins généralistes, les enseignants et la communauté éducative au sens large, en particulier les infirmières de santé scolaire, ont un grand rôle à jouer dans ce domaine, ainsi que les amis. L’entourage amical et éducatif doit pouvoir dire aux parents le souci qu’il se fait à propos du comportement d’un adolescent.

D’une manière générale, comment peut-on prévenir les risques de tentatives de suicide chez les jeunes?
Il est très important de reconnaître à temps les premières conduites de rupture et d’accepter l’idée qu’un jeune qui fait part d’une idée de suicide peut toujours la mettre à exécution, contrairement à la croyance populaire qui voudrait que « ceux qui en parlent ne le font pas ». Il faut donc, d’une part, prendre en compte ceux qui menacent et évoquent des idées de suicide et, d’autre part, repérer suffisamment tôt les premières conduites de rupture. Par exemple, une jeune fille qui multiplie les fugues doit être considérée comme une jeune fille en grande difficulté qui peut faire une tentative de suicide. Dans L'Adolescent suicidaire, j’explore justement les différentes conduites de rupture qui permettent de reconnaître à temps le jeune suicidaire.

Comment réagir après une tentative de suicide?
Faut-il considérer chaque tentative de suicide avec la même gravité, que les conséquences soient minimes ou dramatiques ?
Il ne faut surtout pas imaginer que seules les tentatives de suicide graves sur le plan somatique sont véritablement inquiétantes. L’expérience montre que même une tentative de suicide minime peut, si elle n’est pas reconnue, se transformer ensuite en tentative de suicide beaucoup plus grave. Toutes les tentatives de suicide doivent donc être prises en compte. Il faut reconnaître le jeune suicidant comme un jeune en souffrance – sans toutefois l’étiqueter ou le juger – et essayer d’en parler avec lui. La parole joue donc un rôle important dans la reconnaissance de cette souffrance... La parole est importante, tout comme la capacité pour les adultes qui s’occupent de ces jeunes – parents ou éducateurs – à exprimer ce qu’ils peuvent penser au sujet de l’adolescent. « Ton comportement nous inquiète » est une phrase que l’on doit pouvoir dire à un adolescent en difficulté. Cette simple phrase montre qu’on le reconnaît dans sa souffrance.

Vous dirigez l’unité médico-psychologique de l’adolescent et du jeune adulte au centre Abadie (CHU de Bordeaux). Quelle est la particularité de ce service?
Ce service offre un espace de transition après un passage à l’acte suicidaire ou en prévention d’un passage à l’acte suicidaire. Durant ces quelques jours d’hospitalisation, nous allons tenter de faire le point avec le jeune et sa famille et essayer de comprendre les ressorts secrets de cette souffrance que le sujet est rarement en mesure d’explorer tout seul.


DUNOD
EDITEUR, 16 Janvier 2005

Il conteste sans arrêt votre autorité.doc

Pour les parents, la contestation des adolescents au quotidien n’est pas toujours facile à vivre mais elle est indispensable à l’adulte qu’il est en train de devenir.


de 12 ans à 18 ans
Si le conflit s’installe entre votre enfant et vous, sachez tout d’abord que vous n’êtes pas forcément responsable de cette dégradation des rapports. Entre 12 et 18 ans, l’adolescent traverse en effet une période difficile, durant laquelle il a besoin de trouver sa place, de se différencier, bref de construire l’adulte qu’il sera demain.
S’opposer à vous est une étape inévitable et constructrice C’est une première façon pour lui de se démarquer du contexte social dans lequel il a évolué jusqu’à présent. C’est pour cette raison qu’il va commencer à refuser que vous veniez le chercher à l’école, pour ne surtout pas montrer aux copains...
Qu’il n’acceptera pas non plus toutes les règles que vous allez lui imposer, préférant suivre d’autres schémas appris à l’extérieur, qu’il aura, cette fois, le sentiment d’avoir choisi. C’est aussi une façon d’attirer l’attention : ce qui caractérise aussi l’adolescent, c’est sa difficulté à communiquer. Contester sans cesse vos décisions ou vos points de vue peut également se transformer en signal d’appel. Peut-être a t-il quelque chose à vous dire, mais il ne trouve pas les mots ou le bon moment pour le faire. Vous contrer peut alors devenir un moyen pour lui de vous montrer qu’il existe et qu’il a lui aussi, des goûts ou des opinions différents des vôtres. C’est peut-être le seul moyen qu’il ait trouvé pour que vous commenciez à le considérer comme un individu à part entière.

Que faire ? Discuter, dialoguer, mais ne lui laissez jamais s’imaginer qu’il a « gagné » le combat mais gardez plutôt une ligne éducative cohérente et fidèle à vous-même.

- Amorcer le dialogue Dès qu’il y a problème, il est très difficile pour un adolescent de faire le premier pas. Pas encore adulte, il a souvent peur de ne pas pouvoir assumer les conséquences de cet acte. N’attendez pas qu’il vienne vers vous. Essayez plutôt d’instaurer un dialogue en lui proposant de tenter de comprendre avec lui la source de vos problèmes et d’en trouver les solutions. Il ne pourra pas vous en vouloir de lui avoir tendu la main car n’oubliez pas qu’un adolescent est souvent en détresse et qu’il a de multiples occasions, selon lui, de vivre des injustices au quotidien.

- S’imposer mutuellement des espaces de négociations L’adolescent, tout comme le jeune enfant, a besoin d’une certaine structure, de limites afin de se construire une identité. Si le dialogue est fondamental dans toute relation humaine, il peut parfois se retourner contre vous. Il ne s’agit pas ici de lui demander son avis sur tout. Si, par exemple, vous instaurez des règles strictes quant aux respect des horaires au sein du foyer, ou si vous pensez qu’une de ses fréquentations n’est pas bonne pour lui, pas question de négocier. Si vous jugez que vous avez raison, même s’il n’est pas d’accord, essayez de rester ferme sur votre décision. En revanche, il y a, bien entendu, des points sur lesquels vous pouvez relativiser les choses : s’il vous demande par exemple un sursis d’une heure pour une sortie, vous pouvez toujours en discuter avec lui et si ses arguments sont valables, accepter.

- Le responsabiliser Un enfant, en règle générale rejette en bloc toute forme d’autorité arbitraire. Il y a donc un bon moyen de lui faire accepter certaines de vos décisions : lui expliquer votre point de vue mais aussi le responsabiliser par rapport à votre propre personne. Par le dialogue, il faut toujours tenter de lui faire prendre conscience des raisons qui vous amènent à avoir des exigences : c’est une façon simple de l’impliquer et donc de le responsabiliser.

- Avoir toujours le dernier mot, sans pour autant être arbitraire Une négociation réussie est une négociation où vous aurez réussi à avoir le dernier mot. Il en va de l’équilibre de l’adolescent car il est fondamental que ce dernier ait des repères et qu’il prenne bien conscience que les parents, c’est vous. Ne lui laissez jamais s’imaginer qu’il a « gagné » le combat mais gardez plutôt une ligne éducative cohérente et fidèle à vous-même. Ainsi, lorsqu’il aura besoin d’être épaulé, c’est tout naturellement qu’il se tournera vers vous.

Une bonne astuce : faire intervenir un tiers Si malgré tout, vous n’arrivez vraiment pas à instaurer un dialogue avec votre adolescent, pensez à faire intervenir discrètement un médiateur. Les amis, les membres de la famille, proche ou éloignée, peuvent parfois désamorcer une situation de crise. S’il a de bons rapports avec l’un de ses grands-parents, s’il a l’habitude de se confier à un frère ou une soeur aîné, n’hésitez pas à les solliciter pour tenter de faire passer votre message.


Angela Portella

Zelius.com