Beaucoup de parents s'interrogent sur l'influence de la télévision et se demandent quelle attitude adopter avec leurs enfants à ce sujet. Que faut-il autoriser ? Que faut-il interdire ? Combien de temps un enfant peut-il passer devant la télévision ? Quels sont les programmes qui lui conviennent ?
Cette page a pour but d'apporter des éléments de réflexion à tous ceux qui s'interrogent.
Avoir la télévision : c'est incontournable
La télévision fait partie de notre mode de vie. Vouloir nier cette réalité irait à l'encontre du bon sens. C'est pourquoi, il me semble que les parents qui, par principe éducatif, ont décidé de ne pas avoir de télévision à leur domicile prennent le risque que leurs enfants se sentent marginalisés par rapport à la culture télévisuelle. Car cette culture existe bel et bien. Même si c'est la culture du Loft story ou de Star Académy. A partir du moment où les enfants se sont intéressés à ces émissions et se sont même passionnés pour elles, il ne servirait à rien que votre enfant soit exclu de toutes les discussions qui animent les cours de récréation à leur sujet. D'ailleurs, les enfants dont les parents résistent de façon impitoyable à l'accueil d'une télé à la maison, se débrouillent toujours pour aller voir les émissions qui les passionnent chez leur copain, chez des voisins ou chez leurs grands-parents. Mais quand ils le font, c'est alors avec un sentiment de culpabilité qui risque de perturber le climat de confiance établi entre les parents et les enfants. Donc, le principe de la présence de la télévision à la maison étant posé, il reste à édicter un code de bonne conduite pour l'utiliser comme un instrument d'éducation.
Un code de bonne utilisation de la télévision en famille
Ce code de bonne conduite devra être à la fois stable et évolutif. Les règles étant posées, elles seront appliquées car sinon quel crédit l'enfant pourrait-il accorder à la parole des parents si ces derniers ne se préoccupent pas de tenir les engagements prévus. La dérogation aux principes établis ne pourra être qu'exceptionnelle : fêtes de fin d'année, venue d'invités...Par contre ces "lois" intrafamiliales doivent être redéfinies périodiquement (par exemple chaque année) en fonction de l'âge de l'enfant. Lorsqu'il y a plusieurs enfants d'âges très différents dans une même fratrie elles doivent être modulées et individualisées pour chaque enfant. Il faut alors expliquer aux plus jeunes que ce qui est permis aux grands, le sera également pour eux, quand ils auront atteint cet âge-là.
Ces règles de bonne conduite entre la télé et votre enfant doivent être expliquées. Cette discussion ouvrira d'ailleurs un espace de dialogue propice à la communication parents/enfants. Si avoir une télévision à la maison est inévitable, par contre, il me semble très difficile de gérer une télévision qui serait destinée à l'usage personnel de l'enfant et qui serait donc située dans sa chambre. Comment les
parents pourraient-ils dans ce cas en contrôler l'usage ? Car la télévision est un instrument indispensable mais pour autant les parents ont le devoir de contrôler l'utilisation qui en est faite. En effet, un enfant qui a une télévision dans sa chambre aura la tentation permanente de la regarder à tout moment. Ce sera souvent au détriment de son sommeil, de son travail scolaire, ou au détriment d'autres activités qui sont indispensables à son bon développement : activités motrices pour les plus jeunes, sport, jeux, visites chez les copains pour les enfants plus âgés.
Donc, la meilleur place pour la télévision sera la salle de séjour où la famille se réunit en fin de journée lorsque chacun a fait son travail de la journée et apprécie de se retrouver. En effet, je ne pense pas qu'accepter que votre enfant regarde la télévision le matin, avant d'aller à l'école, soit une bonne introduction à sa journée de petit écolier. Il y a un temps pour tout : pour le loisir et le travail. De mon point de vue, accepter que l'enfant regarde des dessins animés le matin le détourne trop de ses préoccupations de petit écolier. Aller à l'école est une affaire sérieuse et s'y préparer le matin en vérifiant son cartable, en révisant ses leçons est un comportement qui le met dans de bonnes conditions pour réussir sa journée. Bien sûr, pour que cette loi fonctionne au sein d'une maison, il faut que chacun la respecte aussi : les adultes comme les enfants.
Pour les émissions qui sont réservées à la jeunesse et que vous connaissez, l'enfant peut regarder son programme seul ou avec ses frères et soeurs sans la présence de l'adulte. Ce moment devant la télé doit se situer en fin de journée, après les devoirs et avant le repas du soir. En semaine, il n'est pas souhaitable que l'enfant regarde les émissions de la soirée car cela se ferait au détriment de ses heures de sommeil. L'enfant ne peut être attentif en classe que s'il a assez dormi. C'est aux parents d'être ferme et d'imposer l'heure du coucher en expliquant à l'enfant que son travail du lendemain en souffrirait s'il restait devant la télé après le repas du soir. Le samedi soir, si l'enfant a une dizaine d'années, il est possible d'accorder une permission de veiller si l'émission est familiale. Mais en tout état de causes, veiller au delà de dix heures du soir n'est pas très bon, même lorsque l'enfant ne va pas à l'école le lendemain car s'il veille trop tard, cela risque de perturber ses rythmes de sommeil et il aurait du mal à s'endormir le dimanche soir.
Le choix des programmes
Choisir le programme est un moment d'échange avec l'adulte qui peut améliorer la communication parent/enfant. L'enfant va pouvoir exprimer ses préférences, donner son avis, connaître le point de vue de ses parents sur telle ou telle émission.
Pour l'enfant qui est à l'école maternelle cela peut-être l'occasion pour lui, d'avoir un contact avec le monde de l'écrit en essayant de repérer certains indices dans le journal consacré aux programmes télés. Pour l'enfant qui commence l'apprentissage de la lecture, lire le programme ou le résumé de l'émission peut le motiver et lui montrer l'intérêt de devenir un bon lecteur.
Les repères donnés par les chaînes sont maintenant très clairs et vous permettent de ne pas avoir de mauvaises surprises en cours d'émission. Mais ces repères ne sont là que pour aider les parents à faire leur choix. Ils n'ont pas de valeur absolue. Vous, qui connaissez votre enfant, serez le plus qualifié pour juger si une émission va lui convenir. Dans le choix de programmes, les parents doivent tenir compte des conditions dans lesquelles leur enfant les regarde. Certaines émissions peuvent être acceptables pour un enfant à condition qu'il y ait un adulte près de lui pour médiatiser certaines images qui seraient trop violentes s'il les regardait seul. Rappeler au cours d'une fiction que ce n'est que du cinéma. Expliquer les conditions de tournage d'un film apporte une distance entre le spectateur et les scènes vues. Les adultes savent faire spontanément cette mise à distance mais pour l'enfant cette distinction entre réalité et fiction n'est pas toujours très nette. Le rôle de l'adulte est dans ce cas capital. Il ne faut pas oublier que l'affectivité de l'enfant est très éloignée de celle d'un adulte. Certains enfants peuvent être bouleversés par des scènes de dessin animées. Dans ce cas, l'adulte doit alors être là pour aider l'enfant à verbaliser ce qu'il ressent.
A l'inverse, tout dans les actualités n'est pas bon à montrer. L'adulte doit être vigilant et faire le filtre entre la réalité du monde et ce que son enfant va voir. Il y a quelques années, les images de la destruction des tours jumelles à New York avaient choqué beaucoup d'enfants. Actuellement, les reportages relatifs aux attentats quasi quotidiens en Irak sont des images très violentes. Ce n'est pas très bon d'angoisser les enfants même si ces événements sont réels. Les adultes doivent être vigilants et préserver les enfants des menaces du monde des adultes. Car l'enfant n'a pas la maturité psychique suffisante pour tout intégrer : menace nucléaire, menace de guerre, de terrorisme, de pollution....Tant que l'enfant ne réclame pas d'informations à ce sujet il n'est pas utile de l'informer avant qu'il ait l'âge et les ressources affectives suffisantes pour dépasser ses peurs. En effet, beaucoup d'enfants reprennent à leur compte les craintes de leurs parents. Donc, soyez vigilant, si vous-mêmes vous êtes angoissé, évitez de faire porter le poids de vos inquiétudes à votre enfant. Lorsque l'enfant sera plus grand et souhaitera lui-même échanger avec vous à ce sujet, la situation sera différente.
Votre contrôle éducatif ne doit pas non plus vous entraîner dans des excès. N'imposez pas vos choix de façon trop autoritaire. Ne cherchez pas systématiquement des émissions dites culturelles. La télévision doit avant tout rester ludique. C'est là sa finalité principale même si en plus elle peut apporter bien d'autres avantages. L'enfant de toute façon ne s'intéressera à une émission que s'il a envie de la regarder. Ce n'est pas parce que vous avez décidé que cette émission sera bonne pour lui qu'il en tirera profit. Les émissions culturelles ne sont culturelles que si l'individu s'approprie ce savoir. Elles doivent être une occasion pour vous de discuter avec lui. Quels prolongements pouvez-vous donner à cette émission ? Chercher un livre ou un magazine qui traite du même sujet, faire une visite d'un lieu proche de votre domicile et qui a un lien avec le sujet traité.
Conclusion
La télévision peut donc tout à fait avoir une valeur éducative au sein d'une famille. mais bien souvent pour que tous ces principes soient applicables, l'adulte devra lui-même faire quelques sacrifices. Baisser le son de la télé pour permettre à l'enfant de s'endormir paisiblement. Voire même éteindre tout à fait la télé si on a interdit à l'enfant de regarder une émissions qui le passionne. Il est aussi possible d'utiliser le magnétoscope à des fins éducatives. Notamment enregistrer une émission trop tardive permettra à l'enfant de la regarder à un moment mieux adapté. La magnétoscope peut aussi être utilisé comme un ciné-club à domicile qui présentera le programme idoine.
http://pagesperso-orange.fr/genevieve.cavaye/
Pour ceux qui veulent approfondir le sujet :
Eduquer l'homo "zappiens", René BLIND, Michael POOL, édition Jouvence, 2000
La télévision buissonnière, René BLIND, Michael POOL, édition Jouvence, 1995
Le bonheur dans l'image, Serge TISSERON, édition Empêcheurs de penser en rond, 2002
La famille envahie par les images, Serge TISSERON, 2001
Enfants sous influence, Serge TISSERON, 2000
Y a-t-il un pilote dans l'image ?, Serge TISSERON, édition Aubier, 1998
samedi 4 octobre 2008
L'hostilité des ados, c'est de l'attachement
Philippe Jeammet
L’Express. Propos recueillis par Claire Chartier, mis à jour le 14/05/2004
Il déteste l'esbroufe et les formules qui claquent. Mèches neigeuses et franche poignée de main, Philippe Jeammet fait figure de vieux sage dans la cohorte très fournie des «médecins de l'âme». Les ados mal dans leur chair et dans leur tête, il connaît. Depuis plus de trente ans, ce chef du service de psychiatrie de l'adolescent et du jeune adulte à l'Institut mutualiste Montsouris - une unité pionnière dans les troubles du comportement - tente d'arracher anorexiques et boulimiques aux sirènes de l'autosabordage. L'adolescence est un âge «contradictoire» où «le rejet de l'adulte est à la mesure du besoin qu'on en a», résume Philippe Jeammet. Ce thérapeute aux formules limpides, qui préside également l'Ecole des parents d'Ile-de-France, a participé à la préparation de la prochaine Conférence ministérielle sur la famille, prévue pour l'été prochain. Avant ce grand rendez-vous, consacré cette année à l'adolescence, il met à nu nos ados «aquoibonistes», plus chouchoutés que jamais.
Dans un récent sondage de la Sofres, 85% des adolescents se disent bien dans leur peau. La plupart des très nombreux ouvrages qui sortent chaque année sur la puberté présentent pourtant cette période comme un chemin de croix. Pourquoi un tel décalage?
De nos jours, tout le monde se dit «en souffrance» pour tout et n'importe quoi. Je crains que l'utilisation abusive de ce terme n'ait un effet délétère, en parant la douleur d'un halo romantique. L'adolescence n'est pas obligatoirement violente ou douloureuse. Dans leur grande majorité, les jeunes vont même mieux qu'avant, car la société leur offre plus de possibilités d'expression, plus de chances de réussite, plus de moyens d'emmagasiner des connaissances. Mais ces facilités rendent plus scandaleux le fait que 15% des jeunes aillent mal. D'autant que ces adolescents expriment leurs difficultés de façon plus spectaculaire que naguère: les troubles du comportement, comme la toxicomanie, la délinquance, les dérèglements alimentaires ou les scarifications, sont en augmentation, ou du moins plus visibles et mieux repérés.
Comment expliquez-vous cela?
Les jeunes, à l'instar des adultes, parlent plus facilement de leurs problèmes. Lorsque l'hebdomadaire Elle a publié le premier article sur la boulimie, il y a vingt ans, la rédaction a reçu 3 000 lettres dans la semaine! Derrière ces maux se cache l'angoisse de la performance. Aujourd'hui, il ne s'agit plus d'être conforme aux normes, mais d'aller toujours plus loin. De nombreux adolescents ressentent cette pression au travers de leurs parents. Les adultes sont pris dans une contradiction: d'un côté, ils estiment que la réussite passe par l'acquisition d'un maximum de savoirs et de biens matériels; de l'autre, ils pensent que rien ne sert de se battre, puisque le chômage les menace. Ils en arrivent à être trop tolérants face au manque de travail ou à ne pas assez s'inquiéter de l'absence de motivation de leurs enfants, qu'au fond ils comprennent trop bien! Malheureusement, ce type de comportement n'a pas du tout les mêmes conséquences chez un adulte, qui a déjà fait la preuve de ses capacités, et chez un adolescent, qui a encore tout à prouver. Certains adolescents ressentent l'intensité de leurs envies comme une menace pour leurs parents et retournent cette force contre eux en se sabotant.
Terrible renversement! Comment analysez-vous cette phase si paradoxale de l'adolescence?
C'est l'âge de la vie au cours duquel l'être humain doit s'émanciper pour aller vers le monde adulte tout en ayant encore besoin de la protection dont il jouissait dans l'enfance. L'adolescent redoute de se confronter au monde des adultes, mais, comme l'idée de se cramponner aux parents lui est tout aussi insupportable parce qu'elle affaiblit son autonomie naissante, il se rend désagréable en s'opposant ou, au contraire, en restant collé à ses parents. L'adolescent qui va mal ressemble au Corse de la blague, qui dit à son copain: «Tu as regardé ma sœur, qu'est-ce que tu lui veux?», avant d'ajouter aussitôt: «Quoi, tu l'as pas regardée? Tu ne la trouves pas belle, peut-être?»
Les ados les plus révoltés sont donc aussi ceux qui sont les plus dépendants des adultes?
Absolument! Plus l'adolescent a peur, plus il est tenté de faire peur pour dissimuler son anxiété. Ce n'est pas tant l'amour que l'inquiétude qui dicte sa dépendance, inquiétude accentuée par toutes les questions que le jeune se pose sur son corps. Parfois, l'adolescent a trop besoin des autres, et ce «trop» est très lourd à digérer. Si une anorexique ne mange pas, ce n'est pas parce qu'elle veut mourir, mais parce qu'elle a peur de ne plus pouvoir s'arrêter si elle se met à manger. En arrière-fond, on trouve deux angoisses humaines fondamentales: l'angoisse d'abandon et l'angoisse de fusion ou d'intrusion: «On s'occupe de moi, donc on m'envahit, on met au jour tous mes défauts.» Lorsque les ados lancent à leurs parents: «Tu me prends la tête», ils ne voient pas que c'est l'intensité de leur attente qui les rend si réactifs. Ils tentent de résoudre la contradiction qui les habite en broyant du noir, en présentant leurs échecs comme un choix personnel, alors que c'est la peur qui dicte leur comportement: la peur d'être débordé par leurs envies, de ne pas être à la hauteur de ce qu'ils imaginent que les autres exigent d'eux. Au fil du temps, ils risquent de se construire une identité et une différence dans le malheur plutôt que dans le plaisir, et d'utiliser la stratégie du refus comme une drogue: «Plus je refuse, plus je me sens fort, et donc plus j'existe et plus j'ai de pouvoir sur les autres.» L'engrenage dure parfois des années.
Comment les parents peuvent-ils mettre fin à cette spirale?
D'abord, en prenant conscience des inévitables contradictions de l'adolescence, et en cessant de s'en vouloir de ne pas être les parents qu'ils rêvaient d'être! Ensuite, en posant des limites et en disant à l'adolescent: «Nous ne pouvons pas accepter que tu gâches ainsi tes potentialités, quelles que soient tes difficultés, parce que ce que tu t'infliges est trop injuste.» Il y a des choses qu'on ne doit pas tolérer: le manque de travail, l'agressivité… Le meilleur encouragement, c'est le plaisir des parents à faire ce qu'ils font et leur intérêt pour la vie et le monde. Et la meilleure façon de donner confiance à son adolescent est de lui permettre de faire ses propres expériences, à distance de la famille. Rester collé à son enfant, lui céder sur tout en pensant qu'il ira mieux ainsi est une erreur: cette attitude conforte le jeune dans l'idée qu'il ne pourra jamais se débrouiller. Prenez l'école. Les parents croient bien faire en aidant l'adolescent à rédiger ses devoirs. Le risque, c'est que ce dernier attribue ses bonnes notes aux adultes, et non pas à lui-même. En cas d'échec scolaire, le recours aux études surveillées et à l'internat me paraît une bien meilleure solution. Les séparations provisoires, pendant les vacances ou à l'occasion d'un séjour à l'étranger, sont aussi très bénéfiques.
Mais, pour des parents inquiets, accepter l'éloignement n'est pas facile!
Vivre, c'est prendre des risques. De toute façon, lorsqu'un adolescent dérape, son entourage s'en aperçoit vite: il se replie sur lui-même, sabote ses potentialités, ne peut prendre du plaisir qu'en se mettant en danger… C'est la grande tentation humaine du nihilisme, qui nous habite tous, mais plus particulièrement à cet âge. «A défaut d'être grand dans la réussite, je peux toujours être grand dans l'échec.»
Dans le même ordre d'idée, que pensez-vous des défis imbéciles et masochistes que se lancent de plus en plus d'ados, sur le modèle de l'émission américaine Jackass: dévaler une pente à bord d'un Caddie, s'agrafer les testicules…
C'est la même logique. Quand on joue à se faire mal, on gagne à tous les coups! Et, comme il n'y a plus de limites, les adultes laissent les adolescents aller aussi loin qu'ils veulent. C'est une forme d'abandon, et même de maltraitance. On ne laisse pas ceux qu'on aime s'abîmer ou être humiliés.
Comment faire comprendre cela à un ado révolté?
Il ne faut justement pas essayer de le lui faire comprendre - l'adolescent ne supporte pas que les adultes aient l'air de mieux savoir que lui ce qui lui arrive - mais lui donner envie de sortir de l'impasse. Voilà pourquoi il est si important que les parents aient, eux aussi, une vision positive de l'avenir. Ils doivent comprendre que l'hostilité de leur adolescent reflète un attachement profond dont il croit se délivrer par ce qui est vraiment inacceptable pour les parents: qu'il se fasse du mal.
Et si même la solution de la séparation ne suffit pas?
Il faut se tourner vers un tiers: quelqu'un de la famille, un ami, ou un thérapeute si le problème persiste. Lorsqu'un adolescent refuse d'aller consulter, il faut savoir qu'il teste la volonté réelle de ses parents de régler le problème hors du cercle familial. Souvent, les adultes envoient un message implicite: «Tu ne vas pas nous trahir, nous allons régler les choses en famille.» Ils demandent à leur enfant de les conforter dans l'idée qu'ils sont de bons parents. Les adolescents ne sont pas là pour remonter le moral des adultes!
Depuis quelques années, on parle beaucoup des «préados». Cette catégorie existe-elle vraiment?
C'est une invention des marques et des médias, qui peut se révéler très dangereuse: les petites filles ont le temps de jouer aux lolitas! Respectons leur enfance. La télévision a une grande responsabilité. Par l'écran, le monde des adultes fait brutalement effraction dans celui de l'enfant. Ce peut être un traumatisme, et, donc, une forme d'abus. L'interdit, même s'il est transgressé, a une fonction de protection. L'intrusion du côté sordide, de la dérision, de l'excès d'excitation du monde des adultes dans l'univers des enfants est une forme de viol. Elle menace les capacités de tendresse et de confiance. Tout comme l'exhibition des adolescents souffrants. Après chaque fait divers un peu spectaculaire mettant en scène un adolescent, les médias nous appellent en nous demandant de leur trouver un jeune qui va mal. Nos patients sont souvent ravis de se montrer. «J'existe, parce qu'on me voit», pensent-ils. Mais c'est un piège: certaines anorexiques se sont suicidées après avoir été placées sous le feu des projecteurs. Notre rôle de thérapeutes consiste à protéger leur intimité.
Que se passe-t-il dans la tête des adolescents qui s'étourdissent d'alcool, de vitesse et de cannabis?
Ils tentent de maîtriser leur peur intérieure, parfois de se prouver qu'ils sont plus forts que le destin. Dans tous les cas, ils ont l'illusion d'être leur propre maître, alors que, comme le taureau dans l'arène, ils sont prisonniers des émotions suscitées par l'environnement.
8,7% des jeunes âgés de 10 à 19 ans ont déjà pris un psychotrope sur ordonnance, d'après la Caisse nationale d'assurance-maladie. Les adolescents sont-ils surmédicalisés?
La tendance existe, et il est à craindre qu'elle ne fasse que s'accentuer. Les médecins généralistes n'ont ni le temps ni la formation pour répondre aux angoisses des adolescents et de leurs parents. Le médicament demeure la solution la plus facile et la plus rapide. En outre, les praticiens ont trop tendance à prescrire des tranquillisants, qui favorisent une certaine dépendance, plutôt que des antidépresseurs et des régulateurs de l'humeur, ou même des neuroleptiques. Les adolescents acceptent plus facilement les tranquillisants que les autres psychotropes, qui leur font peur. Je vois des jeunes «accros» au haschisch refuser un psychotrope sous prétexte du risque de dépendance!
Les groupes préparatoires à la Conférence sur la famille ont fait une série de propositions en vue d'améliorer l'accompagnement de l'adolescence. A votre sens, lesquelles faudrait-il retenir?
L'examen de prévention effectué aux âges charnières - 12 ans et 14-15 ans - par un médecin et consigné sur le carnet de santé me semble une très bonne idée. Sans dramatiser, il faut mettre en place des clignotants et un suivi de l'enfant afin d'éviter son enfermement dans l'échec. L'école est bien placée pour détecter les enfants qui se marginalisent. Les professionnels, notamment les enseignants, doivent aussi être mieux informés sur la spécificité de l'adolescence. Le but n'est pas de provoquer une confrontation brutale - «Je t'oblige à faire ceci» - mais de marquer un arrêt pour dire: «Là, ça ne va pas, nous allons trouver des solutions.» Seulement, pour avoir l'autorité nécessaire, il faut en comprendre le sens.
Que pensez-vous des maisons de l'adolescence que le gouvernement souhaite développer?
Les secteurs hospitaliers de pédopsychiatrie font déjà beaucoup, mais, comme ils ne pratiquent pas le lobbying, on n'en parle pas! Ouvrir des maisons spécialisées est une chance. Cependant, il faut du personnel qualifié pour les faire fonctionner et pouvoir répondre à la demande en assurant le suivi indispensable. La relation avec les parents est souvent trop chargée d'attente et d'émotion. Il faut introduire des liens: éducateurs, soignants, mais aussi des lieux relais où s'associent les études, l'éducatif et le soin. Il paraît de plus en plus indispensable de développer la collaboration entre les différents professionnels de l'adolescence. C'est dans ce dessein que j'ai mis en route depuis deux ans une formation universitaire consacrée à l'adolescence difficile à Paris VI. Ce module s'adresse aux professionnels de l'Education nationale, de la santé, de la justice, de la police et de la gendarmerie.
Quand cesse-t-on d'être un ado?
Naguère, l'entrée dans la vie professionnelle et le mariage marquaient le passage à l'âge adulte. C'était au fond devenir raisonnable et renoncer à rêver sa vie. Aujourd'hui, les jeunes générations ne reproduisent plus le mode de vie de leurs parents. La relativisation des valeurs et des normes sociales libère l'individu, mais, ce faisant, met davantage en évidence sa vulnérabilité. J'y vois la raison principale de l'accroissement des troubles dits «narcissiques». Le risque de cette liberté est de confronter chacun à ses contradictions et à ce qu'on a appelé la «tyrannie du choix». Sous l'apparente anarchie des comportements, c'est la contrainte qui peut imposer sa loi: contrainte des ruptures successives et des passages à l'acte; contrainte du moi pris entre l'angoisse d'abandon et celle de l'intrusion; contrainte d'un nouveau conformisme social aussi: aujourd'hui, faire partie de la communauté des adultes consiste à se lancer dans la course folle aux apparences, à exister dans la recherche d'une excitation constante au détriment du contenu de ce après quoi on court. Etre adulte n'est pas un état statique, mais un mode de fonctionnement psychique qui permet de faire face à la réalité, tout en étant capable d'accueillir ce qui demeure en nous de l'enfant qu'on a été. Sans se sentir menacé ni débordé.
L’Express. Propos recueillis par Claire Chartier, mis à jour le 14/05/2004
Il déteste l'esbroufe et les formules qui claquent. Mèches neigeuses et franche poignée de main, Philippe Jeammet fait figure de vieux sage dans la cohorte très fournie des «médecins de l'âme». Les ados mal dans leur chair et dans leur tête, il connaît. Depuis plus de trente ans, ce chef du service de psychiatrie de l'adolescent et du jeune adulte à l'Institut mutualiste Montsouris - une unité pionnière dans les troubles du comportement - tente d'arracher anorexiques et boulimiques aux sirènes de l'autosabordage. L'adolescence est un âge «contradictoire» où «le rejet de l'adulte est à la mesure du besoin qu'on en a», résume Philippe Jeammet. Ce thérapeute aux formules limpides, qui préside également l'Ecole des parents d'Ile-de-France, a participé à la préparation de la prochaine Conférence ministérielle sur la famille, prévue pour l'été prochain. Avant ce grand rendez-vous, consacré cette année à l'adolescence, il met à nu nos ados «aquoibonistes», plus chouchoutés que jamais.
Dans un récent sondage de la Sofres, 85% des adolescents se disent bien dans leur peau. La plupart des très nombreux ouvrages qui sortent chaque année sur la puberté présentent pourtant cette période comme un chemin de croix. Pourquoi un tel décalage?
De nos jours, tout le monde se dit «en souffrance» pour tout et n'importe quoi. Je crains que l'utilisation abusive de ce terme n'ait un effet délétère, en parant la douleur d'un halo romantique. L'adolescence n'est pas obligatoirement violente ou douloureuse. Dans leur grande majorité, les jeunes vont même mieux qu'avant, car la société leur offre plus de possibilités d'expression, plus de chances de réussite, plus de moyens d'emmagasiner des connaissances. Mais ces facilités rendent plus scandaleux le fait que 15% des jeunes aillent mal. D'autant que ces adolescents expriment leurs difficultés de façon plus spectaculaire que naguère: les troubles du comportement, comme la toxicomanie, la délinquance, les dérèglements alimentaires ou les scarifications, sont en augmentation, ou du moins plus visibles et mieux repérés.
Comment expliquez-vous cela?
Les jeunes, à l'instar des adultes, parlent plus facilement de leurs problèmes. Lorsque l'hebdomadaire Elle a publié le premier article sur la boulimie, il y a vingt ans, la rédaction a reçu 3 000 lettres dans la semaine! Derrière ces maux se cache l'angoisse de la performance. Aujourd'hui, il ne s'agit plus d'être conforme aux normes, mais d'aller toujours plus loin. De nombreux adolescents ressentent cette pression au travers de leurs parents. Les adultes sont pris dans une contradiction: d'un côté, ils estiment que la réussite passe par l'acquisition d'un maximum de savoirs et de biens matériels; de l'autre, ils pensent que rien ne sert de se battre, puisque le chômage les menace. Ils en arrivent à être trop tolérants face au manque de travail ou à ne pas assez s'inquiéter de l'absence de motivation de leurs enfants, qu'au fond ils comprennent trop bien! Malheureusement, ce type de comportement n'a pas du tout les mêmes conséquences chez un adulte, qui a déjà fait la preuve de ses capacités, et chez un adolescent, qui a encore tout à prouver. Certains adolescents ressentent l'intensité de leurs envies comme une menace pour leurs parents et retournent cette force contre eux en se sabotant.
Terrible renversement! Comment analysez-vous cette phase si paradoxale de l'adolescence?
C'est l'âge de la vie au cours duquel l'être humain doit s'émanciper pour aller vers le monde adulte tout en ayant encore besoin de la protection dont il jouissait dans l'enfance. L'adolescent redoute de se confronter au monde des adultes, mais, comme l'idée de se cramponner aux parents lui est tout aussi insupportable parce qu'elle affaiblit son autonomie naissante, il se rend désagréable en s'opposant ou, au contraire, en restant collé à ses parents. L'adolescent qui va mal ressemble au Corse de la blague, qui dit à son copain: «Tu as regardé ma sœur, qu'est-ce que tu lui veux?», avant d'ajouter aussitôt: «Quoi, tu l'as pas regardée? Tu ne la trouves pas belle, peut-être?»
Les ados les plus révoltés sont donc aussi ceux qui sont les plus dépendants des adultes?
Absolument! Plus l'adolescent a peur, plus il est tenté de faire peur pour dissimuler son anxiété. Ce n'est pas tant l'amour que l'inquiétude qui dicte sa dépendance, inquiétude accentuée par toutes les questions que le jeune se pose sur son corps. Parfois, l'adolescent a trop besoin des autres, et ce «trop» est très lourd à digérer. Si une anorexique ne mange pas, ce n'est pas parce qu'elle veut mourir, mais parce qu'elle a peur de ne plus pouvoir s'arrêter si elle se met à manger. En arrière-fond, on trouve deux angoisses humaines fondamentales: l'angoisse d'abandon et l'angoisse de fusion ou d'intrusion: «On s'occupe de moi, donc on m'envahit, on met au jour tous mes défauts.» Lorsque les ados lancent à leurs parents: «Tu me prends la tête», ils ne voient pas que c'est l'intensité de leur attente qui les rend si réactifs. Ils tentent de résoudre la contradiction qui les habite en broyant du noir, en présentant leurs échecs comme un choix personnel, alors que c'est la peur qui dicte leur comportement: la peur d'être débordé par leurs envies, de ne pas être à la hauteur de ce qu'ils imaginent que les autres exigent d'eux. Au fil du temps, ils risquent de se construire une identité et une différence dans le malheur plutôt que dans le plaisir, et d'utiliser la stratégie du refus comme une drogue: «Plus je refuse, plus je me sens fort, et donc plus j'existe et plus j'ai de pouvoir sur les autres.» L'engrenage dure parfois des années.
Comment les parents peuvent-ils mettre fin à cette spirale?
D'abord, en prenant conscience des inévitables contradictions de l'adolescence, et en cessant de s'en vouloir de ne pas être les parents qu'ils rêvaient d'être! Ensuite, en posant des limites et en disant à l'adolescent: «Nous ne pouvons pas accepter que tu gâches ainsi tes potentialités, quelles que soient tes difficultés, parce que ce que tu t'infliges est trop injuste.» Il y a des choses qu'on ne doit pas tolérer: le manque de travail, l'agressivité… Le meilleur encouragement, c'est le plaisir des parents à faire ce qu'ils font et leur intérêt pour la vie et le monde. Et la meilleure façon de donner confiance à son adolescent est de lui permettre de faire ses propres expériences, à distance de la famille. Rester collé à son enfant, lui céder sur tout en pensant qu'il ira mieux ainsi est une erreur: cette attitude conforte le jeune dans l'idée qu'il ne pourra jamais se débrouiller. Prenez l'école. Les parents croient bien faire en aidant l'adolescent à rédiger ses devoirs. Le risque, c'est que ce dernier attribue ses bonnes notes aux adultes, et non pas à lui-même. En cas d'échec scolaire, le recours aux études surveillées et à l'internat me paraît une bien meilleure solution. Les séparations provisoires, pendant les vacances ou à l'occasion d'un séjour à l'étranger, sont aussi très bénéfiques.
Mais, pour des parents inquiets, accepter l'éloignement n'est pas facile!
Vivre, c'est prendre des risques. De toute façon, lorsqu'un adolescent dérape, son entourage s'en aperçoit vite: il se replie sur lui-même, sabote ses potentialités, ne peut prendre du plaisir qu'en se mettant en danger… C'est la grande tentation humaine du nihilisme, qui nous habite tous, mais plus particulièrement à cet âge. «A défaut d'être grand dans la réussite, je peux toujours être grand dans l'échec.»
Dans le même ordre d'idée, que pensez-vous des défis imbéciles et masochistes que se lancent de plus en plus d'ados, sur le modèle de l'émission américaine Jackass: dévaler une pente à bord d'un Caddie, s'agrafer les testicules…
C'est la même logique. Quand on joue à se faire mal, on gagne à tous les coups! Et, comme il n'y a plus de limites, les adultes laissent les adolescents aller aussi loin qu'ils veulent. C'est une forme d'abandon, et même de maltraitance. On ne laisse pas ceux qu'on aime s'abîmer ou être humiliés.
Comment faire comprendre cela à un ado révolté?
Il ne faut justement pas essayer de le lui faire comprendre - l'adolescent ne supporte pas que les adultes aient l'air de mieux savoir que lui ce qui lui arrive - mais lui donner envie de sortir de l'impasse. Voilà pourquoi il est si important que les parents aient, eux aussi, une vision positive de l'avenir. Ils doivent comprendre que l'hostilité de leur adolescent reflète un attachement profond dont il croit se délivrer par ce qui est vraiment inacceptable pour les parents: qu'il se fasse du mal.
Et si même la solution de la séparation ne suffit pas?
Il faut se tourner vers un tiers: quelqu'un de la famille, un ami, ou un thérapeute si le problème persiste. Lorsqu'un adolescent refuse d'aller consulter, il faut savoir qu'il teste la volonté réelle de ses parents de régler le problème hors du cercle familial. Souvent, les adultes envoient un message implicite: «Tu ne vas pas nous trahir, nous allons régler les choses en famille.» Ils demandent à leur enfant de les conforter dans l'idée qu'ils sont de bons parents. Les adolescents ne sont pas là pour remonter le moral des adultes!
Depuis quelques années, on parle beaucoup des «préados». Cette catégorie existe-elle vraiment?
C'est une invention des marques et des médias, qui peut se révéler très dangereuse: les petites filles ont le temps de jouer aux lolitas! Respectons leur enfance. La télévision a une grande responsabilité. Par l'écran, le monde des adultes fait brutalement effraction dans celui de l'enfant. Ce peut être un traumatisme, et, donc, une forme d'abus. L'interdit, même s'il est transgressé, a une fonction de protection. L'intrusion du côté sordide, de la dérision, de l'excès d'excitation du monde des adultes dans l'univers des enfants est une forme de viol. Elle menace les capacités de tendresse et de confiance. Tout comme l'exhibition des adolescents souffrants. Après chaque fait divers un peu spectaculaire mettant en scène un adolescent, les médias nous appellent en nous demandant de leur trouver un jeune qui va mal. Nos patients sont souvent ravis de se montrer. «J'existe, parce qu'on me voit», pensent-ils. Mais c'est un piège: certaines anorexiques se sont suicidées après avoir été placées sous le feu des projecteurs. Notre rôle de thérapeutes consiste à protéger leur intimité.
Que se passe-t-il dans la tête des adolescents qui s'étourdissent d'alcool, de vitesse et de cannabis?
Ils tentent de maîtriser leur peur intérieure, parfois de se prouver qu'ils sont plus forts que le destin. Dans tous les cas, ils ont l'illusion d'être leur propre maître, alors que, comme le taureau dans l'arène, ils sont prisonniers des émotions suscitées par l'environnement.
8,7% des jeunes âgés de 10 à 19 ans ont déjà pris un psychotrope sur ordonnance, d'après la Caisse nationale d'assurance-maladie. Les adolescents sont-ils surmédicalisés?
La tendance existe, et il est à craindre qu'elle ne fasse que s'accentuer. Les médecins généralistes n'ont ni le temps ni la formation pour répondre aux angoisses des adolescents et de leurs parents. Le médicament demeure la solution la plus facile et la plus rapide. En outre, les praticiens ont trop tendance à prescrire des tranquillisants, qui favorisent une certaine dépendance, plutôt que des antidépresseurs et des régulateurs de l'humeur, ou même des neuroleptiques. Les adolescents acceptent plus facilement les tranquillisants que les autres psychotropes, qui leur font peur. Je vois des jeunes «accros» au haschisch refuser un psychotrope sous prétexte du risque de dépendance!
Les groupes préparatoires à la Conférence sur la famille ont fait une série de propositions en vue d'améliorer l'accompagnement de l'adolescence. A votre sens, lesquelles faudrait-il retenir?
L'examen de prévention effectué aux âges charnières - 12 ans et 14-15 ans - par un médecin et consigné sur le carnet de santé me semble une très bonne idée. Sans dramatiser, il faut mettre en place des clignotants et un suivi de l'enfant afin d'éviter son enfermement dans l'échec. L'école est bien placée pour détecter les enfants qui se marginalisent. Les professionnels, notamment les enseignants, doivent aussi être mieux informés sur la spécificité de l'adolescence. Le but n'est pas de provoquer une confrontation brutale - «Je t'oblige à faire ceci» - mais de marquer un arrêt pour dire: «Là, ça ne va pas, nous allons trouver des solutions.» Seulement, pour avoir l'autorité nécessaire, il faut en comprendre le sens.
Que pensez-vous des maisons de l'adolescence que le gouvernement souhaite développer?
Les secteurs hospitaliers de pédopsychiatrie font déjà beaucoup, mais, comme ils ne pratiquent pas le lobbying, on n'en parle pas! Ouvrir des maisons spécialisées est une chance. Cependant, il faut du personnel qualifié pour les faire fonctionner et pouvoir répondre à la demande en assurant le suivi indispensable. La relation avec les parents est souvent trop chargée d'attente et d'émotion. Il faut introduire des liens: éducateurs, soignants, mais aussi des lieux relais où s'associent les études, l'éducatif et le soin. Il paraît de plus en plus indispensable de développer la collaboration entre les différents professionnels de l'adolescence. C'est dans ce dessein que j'ai mis en route depuis deux ans une formation universitaire consacrée à l'adolescence difficile à Paris VI. Ce module s'adresse aux professionnels de l'Education nationale, de la santé, de la justice, de la police et de la gendarmerie.
Quand cesse-t-on d'être un ado?
Naguère, l'entrée dans la vie professionnelle et le mariage marquaient le passage à l'âge adulte. C'était au fond devenir raisonnable et renoncer à rêver sa vie. Aujourd'hui, les jeunes générations ne reproduisent plus le mode de vie de leurs parents. La relativisation des valeurs et des normes sociales libère l'individu, mais, ce faisant, met davantage en évidence sa vulnérabilité. J'y vois la raison principale de l'accroissement des troubles dits «narcissiques». Le risque de cette liberté est de confronter chacun à ses contradictions et à ce qu'on a appelé la «tyrannie du choix». Sous l'apparente anarchie des comportements, c'est la contrainte qui peut imposer sa loi: contrainte des ruptures successives et des passages à l'acte; contrainte du moi pris entre l'angoisse d'abandon et celle de l'intrusion; contrainte d'un nouveau conformisme social aussi: aujourd'hui, faire partie de la communauté des adultes consiste à se lancer dans la course folle aux apparences, à exister dans la recherche d'une excitation constante au détriment du contenu de ce après quoi on court. Etre adulte n'est pas un état statique, mais un mode de fonctionnement psychique qui permet de faire face à la réalité, tout en étant capable d'accueillir ce qui demeure en nous de l'enfant qu'on a été. Sans se sentir menacé ni débordé.
Ces adorables… ados!
Si on pouvait mesurer le taux d’anxiété des parents d’adolescents comme on calcule le taux d’alcoolémie, on verrait sûrement qu’il dépasse fréquemment le seuil acceptable de confort.
Premier party mixte, heures de rentrée de plus en plus élastiques, première sortie en auto avec un copain « très prudent », etc..
Comment rester « zen » avec tous ces changements à la vitesse grand « V ». Hier encore, il jouait au pompier et elle à la poupée. Aujourd’hui, il veut son permis de conduire et elle porte un « string ». Ils ont des pantalons trop grands ou trop serrés. Ils se cachent sous des capuchons où l’on ne distingue plus leur visage ou ils s’exposent presque dénudés à moins 10 degrés Celsius.
Comment le parent normal et bien constitué réussit-il à traverser sa crise d’ado-parent, parce que très souvent, c’est lui qui est en crise.
Petit guide de survie pour parents en déroute.
L’adolescence est une période d’importantes modifications tant physiques que psychiques et affectives. L’enjeu central de la période de l’adolescence en est un de taille : il faut à cet âge parvenir à se séparer de ses parents au plan psychologique, ceci pour pouvoir s’individualiser de façon à être une personne distincte et autonome.
En tant que parent, notre rôle est d’accompagner l’adolescent à travers ce processus qui crée bien des remous : ceci implique d’encourager l’affirmation et l’autonomie, tout en restant présent comme figure d’autorité, capable de poser des limites souples et rassurantes. Donc, on « résiste », on tient le coup, on reste là comme parent et non pas comme ami… On continue à jouer notre rôle d’adulte responsable qui émet et fait respecter des règles adaptées à son âge et à sa nouvelle réalité d’adolescent qui cherche à expérimenter.
Il faut laisser de l’espace à notre ado pour qu’il exerce ses nouvelles habiletés, même si cela implique qu’il nous confronte, qu’il se manifeste avec son opposition, ses demandes. Il est très important de maintenir le dialogue, parler, discuter, même s’il n’a pas l’air de nous écouter ou nous répond par des onomatopées telles que: « hum » « bof » « pas rap » ou pas du tout. On s’intéresse à notre adolescent, on discute de toutes sortes de sujets, mais bien entendu, on évite de le prendre comme confident.
On ouvre la porte aux amis : cela permet de connaître l’entourage de notre adolescent. On rappelle à ceux-ci de s’essuyer les pieds avant d’entrer, mais nous, comme parent, on ne va pas faire la fête avec eux! On continue les petites gâteries, les traditions : le gâteau préféré, le chocolat de Pâques qui souligne l’intérêt et l’attention que l’on continue de porter à notre enfant. On continue à faire des activités et des sorties avec notre adolescent, même si cela implique de devoir faire avec ses décorations, ses excentricités, ses cheveux rouges ou verts.
C’est ce qui l’aidera à se développer, à savoir :
• s’affranchir de ses parents,
• se former une identité à soi,
• se développer un monde à lui.
La fameuse crise d’adolescence…
L’adolescence en tant qu’étape de développement implique des changements subits qui entraînent des modifications dans les comportements, l’identité, les relations, la pensée et les émotions. Elle représente une période de bouleversements pour l’adolescent et, donc,
en ce sens une crise. Il s’agit toutefois d’une crise positive pour le développement.
Là où il faut être prudent quand on parle de crise de l’adolescence, c’est avant tout de :
• ne pas lui donner un sens malsain ou dysfonctionnel,
• ne pas tout mettre sur le dos de la crise, au risque de
masquer la présence de difficultés psychologiques réelles. Ce serait environ 5 à 15 % des jeunes qui s’inscriraient dans ce qui est considéré comme pathologique, soit la même proportion que dans la population en général.
De 75 à 85 % des jeunes traverseraient positivement leur crise d’adolescence, malgré tous les désagréments qu’ils peuvent faire vivre durant cette période… Donc chers parents, courage et maintenez le cap.
Danielle Pelletier-Basque. Maryse Pesant
Premier party mixte, heures de rentrée de plus en plus élastiques, première sortie en auto avec un copain « très prudent », etc..
Comment rester « zen » avec tous ces changements à la vitesse grand « V ». Hier encore, il jouait au pompier et elle à la poupée. Aujourd’hui, il veut son permis de conduire et elle porte un « string ». Ils ont des pantalons trop grands ou trop serrés. Ils se cachent sous des capuchons où l’on ne distingue plus leur visage ou ils s’exposent presque dénudés à moins 10 degrés Celsius.
Comment le parent normal et bien constitué réussit-il à traverser sa crise d’ado-parent, parce que très souvent, c’est lui qui est en crise.
Petit guide de survie pour parents en déroute.
L’adolescence est une période d’importantes modifications tant physiques que psychiques et affectives. L’enjeu central de la période de l’adolescence en est un de taille : il faut à cet âge parvenir à se séparer de ses parents au plan psychologique, ceci pour pouvoir s’individualiser de façon à être une personne distincte et autonome.
En tant que parent, notre rôle est d’accompagner l’adolescent à travers ce processus qui crée bien des remous : ceci implique d’encourager l’affirmation et l’autonomie, tout en restant présent comme figure d’autorité, capable de poser des limites souples et rassurantes. Donc, on « résiste », on tient le coup, on reste là comme parent et non pas comme ami… On continue à jouer notre rôle d’adulte responsable qui émet et fait respecter des règles adaptées à son âge et à sa nouvelle réalité d’adolescent qui cherche à expérimenter.
Il faut laisser de l’espace à notre ado pour qu’il exerce ses nouvelles habiletés, même si cela implique qu’il nous confronte, qu’il se manifeste avec son opposition, ses demandes. Il est très important de maintenir le dialogue, parler, discuter, même s’il n’a pas l’air de nous écouter ou nous répond par des onomatopées telles que: « hum » « bof » « pas rap » ou pas du tout. On s’intéresse à notre adolescent, on discute de toutes sortes de sujets, mais bien entendu, on évite de le prendre comme confident.
On ouvre la porte aux amis : cela permet de connaître l’entourage de notre adolescent. On rappelle à ceux-ci de s’essuyer les pieds avant d’entrer, mais nous, comme parent, on ne va pas faire la fête avec eux! On continue les petites gâteries, les traditions : le gâteau préféré, le chocolat de Pâques qui souligne l’intérêt et l’attention que l’on continue de porter à notre enfant. On continue à faire des activités et des sorties avec notre adolescent, même si cela implique de devoir faire avec ses décorations, ses excentricités, ses cheveux rouges ou verts.
C’est ce qui l’aidera à se développer, à savoir :
• s’affranchir de ses parents,
• se former une identité à soi,
• se développer un monde à lui.
La fameuse crise d’adolescence…
L’adolescence en tant qu’étape de développement implique des changements subits qui entraînent des modifications dans les comportements, l’identité, les relations, la pensée et les émotions. Elle représente une période de bouleversements pour l’adolescent et, donc,
en ce sens une crise. Il s’agit toutefois d’une crise positive pour le développement.
Là où il faut être prudent quand on parle de crise de l’adolescence, c’est avant tout de :
• ne pas lui donner un sens malsain ou dysfonctionnel,
• ne pas tout mettre sur le dos de la crise, au risque de
masquer la présence de difficultés psychologiques réelles. Ce serait environ 5 à 15 % des jeunes qui s’inscriraient dans ce qui est considéré comme pathologique, soit la même proportion que dans la population en général.
De 75 à 85 % des jeunes traverseraient positivement leur crise d’adolescence, malgré tous les désagréments qu’ils peuvent faire vivre durant cette période… Donc chers parents, courage et maintenez le cap.
Danielle Pelletier-Basque. Maryse Pesant
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